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Un week-end à Djelfa, entre agrotourisme et histoire

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Un week-end à Djelfa, entre agrotourisme et histoire

En cette fin octobre, le froid presque glacial a fait sortir prématurément les Kechabia, ces longues robes en poil de dromadaire ou en laine d’agneau, indissociables de la région depuis des siècles. Le soleil matinal perce avec peine le gros nuage gris qui a commencé dès la veille à couvrir le ciel, annonçant une pluie que les Djelfaouis accueillent toujours avec joie, comme ils le font pour leurs hôtes. La ville est à 1100 mètres d’altitude, au cœur des Hauts-plateaux et on parle déjà de l’imminence des premiers flocons de neige. 

 

Rallye des sables

 Ce samedi 27 octobre, devant l’hôtel Naïli, à la sortie sud de la ville en allant vers Laghouat, des amateurs et amatrices de sports mécaniques s’apprêtent à entamer une autre étape du Rallye des sables. Destination Ghardaïa, à quelque 300 kilomètres plus au sud. Leur périple, ils l’ont entamé à Tunis et se terminera à Tamanrasset, dans l’extrême sud algérien. 1700 kilomètres encore à effectuer dans des conditions extrêmes.

 La halte est plus qu’importante. Pas uniquement pour la mécanique des voitures. Ces garçons et filles, une quinzaine, pour la plupart Algériens, Tunisiens ou expatriés en France, ont aussi besoin de souffler et surtout de se détendre avant de reprendre leur duel avec les sables.

 Djelfa, à 300 kilomètres au sud d’Alger, est une escale presque incontournable pour se rendre dans le grand sud algérien. Ce n’est pas encore le désert, mais la route qui y mène, la célèbre RN1, qui se transforme progressivement en autoroute rectiligne depuis quelques années, passe par là. La ville doit son existence même à la situation stratégique de l’endroit qui l’abrite. Tout a commencé par la volonté de l’armée coloniale de disposer d’une escale dans sa quête d’occuper le Sahara après avoir conquis tout le nord du pays. C’était en 1861. La ville est née sous la forme d’un centre de population de 55 « feux », l’unité de décompte de la population de l’époque, un feu comptant environ trois habitants.

 « Il est créé sur la route de Médéa à Laghouat, à 240 kilomètres au sud de la première de ces villes, au lieu-dit Djelfa, un centre de population de 55 feux qui gardera le nom de cette localité », dispose un décret de Napoléon III daté du 20 février 1861. 1775 hectares sont affectés au centre en vertu du même texte qu’on peut lire, encadré en grand format et exposé bien en vue sur l’un des murs du hall d’entrée de l’hôtel Naïli. 

 

12 000 ans d’histoire

 Le propriétaire des lieux est un féru de l’histoire de la région. Abddelkader Hamrouche, que tout le monde à Djelfa appelle El Hadj Abdelkader, peut disserter des heures durant autour d’un thé à l’armoise, le chih, une plante emblématique des steppes, sur la sociologie, la géographie, l’économie, la gastronomie, la flore et la faune de Djelfa. Une bibliothèque vivante. L’histoire de la région des Ouled Naïl, littéralement les « descendants de Naïl », El Hadj Abdelkader la connait aussi par cœur.

 Pourtant, elle remonte à plus loin, beaucoup plus loin, que les expéditions coloniales de Napoléon III ou l’arrivée dans la région de Sidi Naïl. « C’est un descendant de la lignée du Prophète. Il a contracté de nombreux mariages ici jusqu’à laisser une descendance estimée aujourd’hui à 12 millions d’habitants éparpillés à travers tout le pays », explique Badis, directeur de la Radio locale.

 Les murs du hall de l’Hôtel Naïli, qui ressemblent plus à un musée qu’à une réception d’hôtel, racontent aussi cette longue histoire. On retient surtout des répliques de fresques rupestres découvertes sur des sites archéologiques de la région, comme la fresque des « Amoureux timides », vieille de 12 000 ans, ou celle de « l’Antilope sous l’attaque d’un lion ». Parmi ces sites, celui de Oued Alliliga, dans la région de Zakar (à ne pas confondre avec les monts du Zaccar, près de Khemis Miliana).

Zakar est une charmante petite localité à 30 kilomètres au sud de Djelfa. Son principal attrait c’est son site archéologique vieux de 7000 ans. El Hadj Abdelkader nous y accompagne volontiers.

 On traverse d’abord un oued sec à cette période de l’année. La végétation est peu dense. Entre les pierres, ne se dressent que des lauriers roses, l’inévitable armoise et la célèbre halfa qui a constitué l’essentiel de l’économie de la région durant la présence coloniale mais qui est presque délaissée de nos jours.

 Le site, découvert en 1907 par M. Magny, juge de paix à Djelfa, est classé patrimoine national depuis 1982. C’est un ensemble de vestiges d’un village préhistorique adossé au versant sud de l’Atlas saharien. Si, des « maisons » qui un jour ont abrité nos lointains ancêtres il ne reste que des amas de pierre, une grotte circulaire sur l’autre rive de l’oued est demeurée intacte. Elle est entourée d’une grille métallique pour la protéger de l’incivisme de certains visiteurs qui ignorent la valeur des trésors qu’elle renferme. Mais notre guide improvisé sait par où accéder : une fente de l’autre côté de la grille. Décidément, il connaît la région dans ses moindres recoins. A l’intérieur, des scènes de chasse datant de 7000 ans sont gravées à même la roche calcaire : une grande autruche, trois éléphants piquetés, trois chevaux, des petits chameaux, une antilope bubale sous l’attaque d’un lion…L’occasion pour El Hadj Abdelkader de nous apprendre que le dernier lion de l’Atlas a été vu pour la dernière fois ici même, en 1903.

 Sur le chemin du retour, une rencontre inattendue. Quatre missionnaires chrétiens installés à Laghouat, deux Français, une Espagnole et une Congolaise ainsi que leur guide algérien sont en route pour Ghardaïa, de retour d’Alger. L’escale à Djelfa étant incontournable, autant faire un tour.au site archéologique qu’ils semblent bien connaitre. A l’ombre d’un panneau géant qui présente l’endroit, on échange de tout, de l’archéologie, de la région des Hauts-plateaux, de leur vie en Algérie, de la paix retrouvée.

 

Des grenades comme on en voit rarement

 Bien entendu, c’est El Hadj Abdelkader qui mène la discussion. Avant de les quitter, il leur offre des grenades. Des grenades comme on en voit rarement. Grosses, rougeâtres et à la rondeur parfaite. C’est la grenade de Zakar et de Messaad, une localité à une soixantaine de kilomètres au sud de Djelfa où de vastes étendues sont dédiées à la culture de ce fruit. Ses pépins, succulents, tendres et parfaitement alignés lui valent le nom que lui ont donné les autochtones : Snin el Alouche, ou dents d’agneau.

 A Zacar justement El Hadj possède une exploitation de 12 hectares de vergers. On y trouve des abricotiers, des oliviers dont la culture est très en vogue ces dernières années à Djelfa et bien sûr des grenadiers. « Toute la production de la ferme est destinée exclusivement à mon hôtel. Ce sont des produits bio, on n’utilise ni engrais chimiques ni pesticides», nous dit-il en franchissant le large portail surplombé d’un fronton explicite : la ferme Naïli.

 

 

L’agrotourisme, une idée qui séduit

 Abdelkader Hamrouche s’est donc mis à l’agrotourisme. Recevoir des touristes à l’hôtel et leur servir des produits du terroir, bio et cultivés par le même établissement. Du moins ceux que la ferme peut produire. L’idée est géniale et, surtout, elle séduit. Goutons plutôt aux repas servis au restaurant gastronomique de l’hôtel Naïli.

 D’abord le petit déjeuner. En plus du traditionnel café au lait et de l’inévitable croissant fourré au chocolat, on goûte à de l’huile d’olive, du rob, une sorte de confiture de datte, de la confiture d’abricot et un jus de grenade de Massaad, le tout fait maison. Au déjeuner, un succulent couscous aux légumes et à la viande d’agneau, assaisonné d’huile d’olive et suivi d’un verre de petit lait de brebis à l’armoise. Enfin des grenades de Messaad pour le dessert.

 Le moment fort c’est le dîner. L’emblématique agneau de Djelfa est enfin là, entier. Autour du méchoui, tout le monde s’arrache le filet, la partie la plus tendre. Mais bientôt il ne restera que les os frêles du malheureux ovin. Un couscous aux raisins secs, assaisonné de beur de brebis est obligatoire après un tel repas copieux. La recette pour faire un aussi bon méchoui, c’est le secret des Ouled Naïl. Le maître des lieux se contente de s’en enorgueillir en racontant qu’un émir d’un pays du Golfe est venu à Djelfa rien que pour manger un méchoui et est reparti juste après. Il nous apprend aussi que son établissement a engagé un partenariat avec la direction locale de la formation professionnelle pour la formation pratique des apprentis-cuisiniers. C’est d’ailleurs à l’hôtel Naïli que devrait déjeuner le ministre du secteur et la délégation qui l’accompagne dans sa visite à Djelfa ce dimanche 28 octobre.

 Du vaste jardin de l’hôtel, parviennent les sons harmonieux de la Zorna et du bendir. Une troupe folklorique égaye de danses Naïlies authentiques les présents réunis autour d’un feu de conifères résineux, sans doute des pins du fameux Barrage vert que le président Boumediène avait dressé au début des années 1970 pour freiner, croyait-il, l’avancée du désert.

 Parmi l’assistance, nos amis cascadeurs profitent pleinement du moment, l’immortalisent avec leurs smartphones. Beaucoup d’épreuves les attendent dès le lendemain sur la route qui les mènera jusqu’à la capitale du Hoggar. A coup sûr, ils feront une autre escale à Djelfa sur le chemin du retour.

 

  

  

 

 

  

 

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Mots-clés:

Messaad, Djelfa, Ouled Naïl, Sidi Naïl, hôtel Naïli, Abddelkader Hamrouche, Zakar, Zaccar

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