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Hommage à mon colonel si Ahmed Bencherif

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Boumediene et Bencherif Boumediene et Bencherif

Le monde est un théâtre et les hommes en sont les acteurs. Les comédies et les drames sont joués avec sérieux. Chaque nation présente sa représentation le moment venu. Chaque individu joue alors son rôle. Il se pourrait que se soit un figurant ou un héros. Une fois la pièce terminée, les lumières s’éteignent et les rideaux sont tirés. Ce n’est certainement pas Broadway ni West end ni les grands boulevards à Paris. Il s’agit du théâtre de la vie qui est régie par un metteur en scène omniscient qui distribue les rôles et définit les genres tout en laissant libre-court à l’improvisation des acteurs qui rendront compte de leur jeu très sérieux, si j’ose dire car une rémunération juste attend chaque « artiste », dieu merci.

Le colonel Bencherif a eu une vie bien remplie et a joué un rôle principal. Ce fut un héros. Enfant d’une grande tente, né le 25 avril 1927 à Ain Maabed à 18 km au nord de Djelfa, il fut déjà dans son jeune âge comblé par la nature qui lui octroya un corps solide et une bonne santé. Il fut élevé dans un milieu conservateur  où les notions d’hospitalité, de virilité et de « nif » sont irréfutables. Apres une enfance tranquille dans le giron familial et une adolescence quelque peu mouvementée comme le reste de la jeunesse Algérienne qui commence à prendre conscience de la réalité coloniale, de la misère et de la dureté de l’administration, de l’injustice. Apres l’obtention du Certificat de fin d’études, deuxième collège oblige (pour ceux qui ne le savent pas, la France interdisait aux algériens de faire des études). Il s’engagea comme tirailleur dans l’armée française pour échapper au marasme ambiant.

Vu ses aptitudes physiques et son intelligence il fut envoyé dans une école de guerre où il apprit l’art de la guerre et envoyé en Indochine comme chair à canon. L’Indochine fut pour certains algériens, au contact des révolutionnaires vietnamiens, la véritable école des révolutionnaires et du nationalisme. C’est les régiments d’algériens fuyants la misère de leur pays occupé et rescapés de l’enfer de la guerre qui forgèrent cette jeunesse qui allait encadrer l’ALN et donner au monde la prestigieuse révolution de Novembre. C’est cette jeunesse qui a pu voir le monde autrement, découvrir la pieuvre coloniale, comprendre sa réalité et le veritable prix de la liberté qui a libéré le pays.

C’est dans ces conditions que le 3 juillet 1957, l’officier Ahmed Bencherif désertât avec une partie de sa compagnie dans la région de Sour el Ghozlane, en emportant une quantité très appréciable d’armement.  Il rejoint les rangs de la révolution dans la wilaya 4 historique. Il participa à plusieurs batailles dans le Mythique « commando Ali Khodja ». Il est alors appelé par Krim Belkacem en Tunisie, pour prendre part à la formation militaire des Katibat de l’ALN. En vérité c’était surtout pour mettre en place les services secrets et de renseignements de l’ALN. Ceci dénote la vue judicieuse des chefs de la révolution et c’est un témoignage de plus envers les compétences avérés de Bencherif dans la tactique et l’organisation. Ce fut un grand meneur d’hommes, d’une sobriété et d’une droiture exemplaires. Ceux qui ont travaillé avec lui gardent le souvenir d’un chef qui vivait au milieu de ses hommes, donnant l’exemple, toujours à l’avant-garde, dans les premiers rangs menant le combat. Pendant  deux années il se consacre à la formation et à l’instruction des djounoud mais surtout à organiser les services de renseignement et c’est le premier officier supérieur de l’ALN à le faire. Il est alors membre du CNRA. En 1960 il est nommée à la tête de la wilaya 4 il est dépêché par le GPRA pour y mettre de l’ordre. Il réussit à franchir la ligne maurice electrifiée pour rejoindre le maquis de l’Algérois. La wilaya 4 se remit de ses déboires et continua la lutte de libération sous son commandement. En 1960 il fut capturé par l’armée coloniale, les armes à la main, il est alors jugé, condamné à mort et emprisonné jusqu’à l’indépendance. il achève alors son récit-témoignage  « l’aurore des Mechtas ».

Apres l’indépendance, il rejoint l’état major, avec Houari Boumediene .il est nommé à la tête du commandement de la gendarmerie nationale qu’il créa à partir de rien et qu’il dirigea pendant 15 années. Ses compétences et son esprit de chef lui ont permit de créer un corps d’élite légendaire que beaucoup nous envient. Cherchant les meilleurs éléments parmi les enfants de l’Algérie sans opter ni favoriser une région sur une autre ni s’entourer de proches comme certains le font. Bencherif croyait en une Algérie unique ou tout les Algériens étaient égaux. En leur donnant la meilleure formation; en créant des écoles d’instruction. Ceux qui ont travaillé avec lui, ceux qui l’ont approché, le regrettent déjà vivant et le pleurent. Le colonel Bencherif a contribué à établir la paix dans cette Algérie fragile qui sortait de la nuit coloniale quant d’autre colonels « parachutés » commettaient des massacres, des tueries massives et des crimes de parjures et cela en pleine liesse populaire dans la frénésie de la liberté reconquise – crimes qui restent encore impunis mais l’histoire ne pardonne pas-.  Le colonel Bencherif qui est issu de cette grande tente que nous connaissons et qui est élevé dans ce milieu conservateur ne peut souffrir de faire un geste déplacé que ses détracteurs lui reproche.  Détracteurs qui sont sont presque tous mus par les haines mesquines des traitres et des faux ‘’moudjahid’’ que le colonel ne ménageait pas et ces derniers n’osaient pas le confronter de son vivant.

Le colonel Bencherif n’a rien à voir avec L’affaire Chaâbani, ce dernier a été jugé et condamné par un tribunal de la république Algérienne pour haute trahison, le problème n’est pas là. Il faut lire les mémoires du président Chadli, pour comprendre les dessous de l’affaire et l’interview du président Benbela à la chaine « El-jazeera ». Deux témoignages de grosses pointures que Dieu les agrées. De toute façon Le problème ne nous concerne pas.

En 1965 le colonel Bencherif fut la pièce maitresse sans quoi le changement ne pouvait se faire et il y a eu le redressement révolutionnaire. En 1967, sous le commandement militaire du colonel Bencherif l’Algérie a évité de rentrer dans une spirale de violence. Grace à la compétence et surtout à la fidélité de la parole donnée, le colonel Bencherif a déjoué le coup fourré de certains officiers. Le colonel Tahar Zbiri, auquel nous devons tout le respect et la considération pour ses prises de positions courageuses, s’est engouffré dans une affaire mal calculée, certainement entrainé par de mauvais conseilleurs. Dieu seul connait les secrets des cœurs. Son idéal était l’Algérie.

Le colonel Bencherif, tout puissant qu’il était, commandant en chef de la gendarmerie nationale et membre du conseil de la révolution est resté au service de l’Algérie. En sortant de la gendarmerie, il laissa derrière lui une machine bien huilée et des officiers et des cadres compétents qui n’étaient pas de son patelin ni de son douar. Il a laissé des enfants de l’Algérie auxquels il a insufflé l’amour de la patrie et le respect du devoir.

En 1977 il est désigné ministre de l’hydraulique et de l’environnement. Le secteur connu alors une dynamique nouvelle. En prenant sa retraire, Il s’installa sur les terres de ses aïeux parmi les gens de sa tribu contrairement à d’autres. Riche de sa trajectoire fulgurante dans le service de l’Algérie. Cette Algérie qu’il plaçait en dessus de tout.  Bencherif n’exportait rien et n’importait rien. Il n’avait ni container ni de bateau dans le port. Il ne possédait pas de société. Et ne vendait ni sucre ni insuline. Il avait sa villa à Z’mila, là où son aïeul avait reçut l’illustre Emir Abdelkader en 1837 et là ou il fut enterré dans le cimetière familial. Z’mila se trouve dans la wilaya de Djelfa. Ville qui compte un peu plus du demi million d’habitants et qui recèle tout juste une dizaine de bureaux de postes et un hôpital délabré en plus de quelques salles de soins qui n’arrivent pas à répondre aux demandes nombreuses de la population. La vingtaine de lycées de la wilaya sont archi-combles et les élèves s’entassent à cinquante ou soixante par salle dans le chef lieu de wilaya, quand il ya un professeur qui veuille bien leur dispenser son cours. Tous les secteurs sont sinistrés. La wilaya se trouve à la traine de la nation par le bon vouloir des décideurs qui ne lui octroient pas son dû. Les élus sont pratiquement désignés par des milieux corrompus et la population n’y peut rien et le système a l’air de s’y complaire, tant que cette population, qui n’arrive pas à sortir de son marasme, le laisse tranquille. Tant qu’il n’y a ni revendication ni fronde, les gouvernements qui se succèdent délaissent leur responsabilité et néglige la population. Pourtant cette région a donné plus que les autres. Cette région a souffert plus que le reste de l’Algérie. Il faut comprendre que la situation catastrophique de la région est du aux souffrances de la colonisation qui s’est vengée contre ce peuple fier qui a résisté plus que les autres et il faut comprendre que l’indépendance n’a rien apporté pour remédier à cet état de fait. Cette région a donné le colonel Bencherif et des légions de colonel Bencherif tout le long de sa longue histoire dans la résistance que certains veulent à tout prix escamoter. Et pourtant l’histoire est là et les quelques commis de l’état ne peuvent effacer les gloires des hommes. Gloires et honneurs qu’ils ne verront pas en rêve.

 Aujourd’hui nous disons ASSEZ, aujourd’hui nous disons NON à la marginalisation et à la "hogra"’.

Il est vital de prendre conscience que parfois on joue avec le feu car il est crucial de respecter un équilibre régional, de prôner l’équité. Il est dangereux d’attiser les rancœurs. Il est tout juste temps d’utiliser des critères pragmatiques, universellement utilisés pour repartir les projets structurants pour freiner le chômage endémique de cette wilaya. Encore une fois, il est vital de reprendre conscience de l’importance des enjeux…

(*) Chouiha Abderrahmane fondation Sidi Nail

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Djelfa, Ahmed Ben Chérif, Emir Abdelkader, fondation sidi nail, colonel Ahmed Bencherif, colonel Ahmed Ben Chérif, Krim Belkacem, la ligne maurice, Houari Boumediene

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