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La cavalerie chez les Ouled Sidi Nail

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La cavalerie chez les Ouled Sidi Nail

        Louange à Dieu qui nous soumis les chevaux, don du vent et prières et salutations sur le plus noble des prophètes.

    Par les coursiers qui courent à perte haleine * par les coursiers qui, frappant la terre du pied, font jaillir les étincelles * ceux qui attaquent les ennemis au matin * qui font voler la poussière sous leurs pas * qui se frayent un chemin à travers les cohortes ennemis.

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ

وَالْعَادِيَاتِ ضَبْحًا * فَالْمُورِيَاتِ قَدْحًا * فَالْمُغِيرَاتِ صُبْحًا * فَأَثَرْنَ بِهِ نَقْعًا * فَوَسَطْنَ بِهِ جَمْعًا *

      Nous sommes en l’an 2018, et l’écriture est un ensemble de symboles de significations et de signaux pour l’intelligent. Ne dit-on pas que celui qui regarde, c’est à travers les murs. Il nous semble que ce que nous écrivons depuis deux années, devient la préoccupation des ‘’intelligences’’ universitaires et estudiantines qui s’intéressent à ce domaine, resté longtemps ignoré et des imaginations populaires, du fait de l’importance du sujet dont le thème principal sont les Ouled Sidi Nail. Une soif de savoir, alimentée par un manque de documents difficiles à trouver et difficile à interpréter, une préoccupation de plus en plus forte, pour connaitre, entre autres choses, notre éventuel, nous dirons, classement dans l’organisation et le système national.

       Nous dirons aussi, que parler de l’histoire des Ouled Sidi Nail sans parler de chevaux, reste dérisoire et incomplet, vu la place prépondérante du cheval et son importance dans la société bédouine et particulièrement Naili.  La vue que nous portons sur la relation du cheval dans ce milieu n’est, ni une étude exhaustive ni un aperçu de spécialiste.  C’est seulement les observations d’un amoureux du Sahara et des nomades qui y vivent : hommes au caractère qui n’existe pratiquement plus maintenant et dans un geste antique, comme Diogène, même si vous vous promenez en plein jour avec une lanterne, pour trouver un homme, vous n’en trouverez pas. Comme si le courage, la fidélité, la magnanimité, le respect de la parole donnée, sont un phénomène de mode et que cette mode n’est plus et qu’on peut les écarter de notre conduite, allégrement sans autre forme de procès. Ne dit-on pas que le ridicule ne tue pas en ce temps de bassesse, de médiocrité et de surdité de l’intelligence. Les gens et la classe récipiendaire en premier, sont tout à fait contents de leur attitude et de leur comportement et ils trouvent du plaisir dans leur ignorance, ils en tirent même satisfaction et s’admirent dans le miroir de la société qui leur fait face.  Je dirais tout simplement :

رتّع عودك في الصمد لا ياذي حد

       L’homme d’antan qui aimait les chevaux et qui portait ces valeurs dans la société, fier et exemple dans la droiture, a presque disparu pour devenir l’exception qui ne fait pas la règle. Laminé par plus d’un siècle de vicissitude d’une colonisation atroce. Le colonialisme a laissé le pays et les hommes dans une indigence terrible. Ceux qui veulent faire son apologie doivent savoir que l’héritage lourd qu’il a légué est fait de misère, d’ignorance et de privation. Lègue que nous vivons encore maintenant et pour beaucoup de jours à venir.

      L’essentiel ; On dit que les chevaux ont été créé Arabes et que le bien est gravé sur leur front, les butins sur leur dos et les richesses dans leur ventre. Et que l’idée poétique que les chevaux sont crées d’une poignée de vent provient vraisemblablement d’Abu bekr ibn Bedr célèbre écuyer et spécialiste en hippiatrie.  Très belle idée répandue que nous colportons de nos jours. 

      Il nous parait donc nécessaire d’écrire sur les chevaux des Ouled Sidi Nail et l’amour qui était porté à l’hypologie dans ces contrées.  Parmi les tribus qui habitent les steppes et le Sahara, les Ouled sidi Nail ont toujours su se soustraire aux exigences des occupants du Tell et aux différents brassages qui auraient pu corrompre la qualité de leurs chevaux. C’est donc chez eux, que le cheval a pu garder les qualités de vitesse et de sobriété que tout le monde lui reconnait. Qu’il soit Arabe-barbe ou barbe, des appellations étrangères à la région, les nomades les nomment autrement et considèrent qu’ils possèdent le plus beau cheval du monde.  Le cheval était pour le nomade quelque chose de sacré. Il était instruit pour faire la guerre. Le cheval ne labourait pas, ce serait un sacrilège. Le labour c’est pour les bœufs comme le transport est pour les chameaux. Les poulains n’étaient pas montés jusqu’à l’âge de deux ans, au bout de la deuxième année, son éleveur l’instruit, le dresse et le fatigue, ensuite on le laissait se reposer et faire du muscle. Chez les Ouled Sidi Nail, les chevaux n’étaient élevés que pour faire la guerre, les expéditions, le combat, la chasse ou pour faire entendre la poudre. C’est-à-dire la fantasia. Pas pour autre chose.

          Le témoignage d’un illustre prince de l’Algérie fait foi. L’Emir Abdelkader qui est une référence en la matière et un grand connaisseur des chevaux, affirme que les meilleurs chevaux du pays, sont ceux du Sahara et ceux des Ouled Nail, tel le « Rekabi » cheval de ‘’Gaada’’ très apprécié.  C’est la monture de l’aristocratie par excellence, et l’aristocratie Algérienne est bédouine et ne peut être que bédouine ; on ne peut imaginer une aristocratie dans les anciennes villes en présence des turcs. Certains notables, détenaient un livre consignant tous les renseignements concernant leur monture. Ils choisissent Les meilleurs chevaux pour la noblesse, pour la race, la taille et la beauté des formes. Une sorte de pédigrée que les grandes familles conservaient jalousement. Quand il y avait de grandes parties de chasse, les nomades qui pratiquaient la fauconnerie à cheval qu’ils appréciaient beaucoup se préparaient de cette façon : Les seigneurs et cheikh des tribus se déplaçaient au Sahara, ils transportaient leurs faucons et leurs lévriers à dos de chameaux pour ne pas les fatiguer.  Beaucoup de poètes ont dans cet art sublime, chanté le cheval, l’ont décrit dans des détails infinis, l’ont glorifié. Les poèmes d’Ali ben Tahar, sont la preuve irréfutable de la place du cheval dans notre société.

1ـ ساق يذكر نجع خاوية المحزم"""" عشى المرقب للمغيد دوارو

      2ـ تسمع باروده مع البكرة يبغم """"و الراقد في النوم ذاك حكارو

3ـ ما هوش بارود الارذال محثرم""""بارود الطّياق ساجي تكرارو

4ـ ركبوا عن صوشات واعياد تهجم""""اذا فزوا من العلفه طارو

5ـ طبعوهم بشليل الوان مرقم""""و غشا في في جليد قروح عمارو

6ـ اهل حواله سوم عدة لا توهم""""زويجة فواطى من شغل خيارو

7ـ طبعوهم بالعاج في مكاحل تفج لهم """و العقارب و الطير واتي تسرارو

           L’amour que portait le premier romancier en afrique du nord et grand écrivain et humaniste, le capitaine Mohamed Bencherif pour son gris pommelé est aussi une preuve à son honneur au delà de la mort, que dieu les bénisse tous.  Les nomades ont décrit l’objet de leur amour dans les plus petits détails et avec une minutie étonnante et une subtilité descriptive extrême. Tout a été détaillé. Son physique, son apparence, ses attitudes, son comportement, son âge, les étapes de son instruction, son alimentation. Ils savent que : l’orge du matin se trouve dans le fumier, et l’orge du soir se trouve dans la croupe. Ils disent aussi : l’eau avec la bride et l’orge avec la selle. Ils disent aussi que l’alfa fait marcher, le « chih » fait combatre et le « gattaf » est mieux que l’orge. Entre autres choses à connaitre. Dans ces propos rapportés par E. Daumas. Les nomades disent que le meilleur cheval est appelé le buveur d’air « chareb errih ». Il est bien proportionné. Il a les oreilles courtes et mobiles, les os solides et minces, les joues dépourvues de chair, les naseaux larges, comme la gueule d’un lion. Il a de beaux yeux noirs et à fleur de tête. Il a l‘encolure longue, le poitrail avancé, le garrot saillant. Il a les reins ramassés, les hanches fortes, les côtes de devant longues et celles de derrière  courtes. Il a le ventre évidé, la croupe arrondie, les parties serrées et bien sorties, les rayons supérieurs longs comme ceux de l’autruche et garnis de muscles comme ceux du chameau. Il a les saphènes peu apparentes, la corne noire (sabot), d’une seule couleur, les crins fins et fournis, la chair dure, et la queue très grosse à sa naissance, déliée à son extrémité. Il a quatre choses larges : le front, le poitrail, la croupe et les membres. Il a quatre choses longues : l’encolure, les rayons supérieurs, le ventre et les hanches.  Il a quatre choses courtes : les reins, les paturons, les oreilles et la queue. Ces qualités du bon cheval, prouvent d’abord que c’est un cheval de race, qu’il est à coup sûr un bon coureur. Car sa conformation est semblable à celle du lévrier, à celle du pigeon et à celle du méhari. La jument doit prendre du lion, le courage et la largeur de la tête. Elle doit prendre de la gazelle, la grâce, l’œil et la bouche. Elle prend de l’antilope, la gaieté et l’intelligence. Elle a l’encolure et la vitesse de l’autruche.  Un cheval de race se connait à d’autres signes encore. Il ne pourra manger l’orge dans une autre musette que la sienne, il boit l’eau claire, il aime les ombrages et l’eau courante. Si vous avez un cheval comme ça, c’est comme si vous avez deux ailes, disent les anciens. Un cheval de cette race ne consentira jamais à saillir sa mère, sa sœur ou sa fille. Les unions incestueuses amènent nécessairement la dégénérescence de la race. Les races qui sont appréciées au Sahara, sont aux nombres de trois : celle de Hamioure, celle de Bou-Qareb et de Merizig.

       Parmi les Ouled Sidi Nail, ce sont les Ouled Si M’hamed qui donnent le plus de soins aux chevaux. Ils possédaient une race particulière, issu des rejetons d’un étalon fameux nommé ‘’Labiad’’ le blanc.

على بيضا شاش قي كتان مكوف """" قمر شعشع ليلة اثنى عشر واثنين

 Cette race est renommée pour sa sobriété et sa vitesse.  Les chevaux ne sont élevés que pour la guerre, ils sont instruits spécialement pour cela. Ce n’est pas un jouet ni une coquetterie, le cheval est un instrument et un indispensable compagnon dans cette vie de mouvement, de combats et d’aventures. Pour faire la « razzia » pour faire la « taiha », la « khotefa » et les « terbigue».

هدينا من واد زاقز لا شفــــقى    * وفكينا غرب العلق و المرارة

خصلت فينا قالشهبة و الحمراء  * وخصلت فينا قفراسات الغارى

ولداسر قومنا رعي الحمـــــراء   *  نعت الطير لصاوب للحبـارة

علي بن الطاهر

        Les chevaux des Ouled Yahia ben Salem ont une particularité, dû certainement à la configuration de leur pays  « hmada », ils ne sont pas ferrés.  Les jeunes poulains ne sont pas montés jusqu'à l’âge de deux ans. Leur amour est passé dans le sang du nomade. Ce cheval est tellement adapté à ce milieu et à ces nomades qu’il est difficile d’imaginer le voir heureux dans les montagnes du nord ou ailleurs. On dit à l’Emir Abdelkader que ses chevaux n’étaient point Arabe mais barbes, il répondit que cette opinion retourne contre ses auteurs. Les Barbe sont d’origine Arabe. Mais désormais si tous les chevaux de l’Algérie étaient Arabe, ils seraient déchus de leur noblesse, parce qu’on les utilise pour le labourage et pour d’autres travaux semblables, et que la jument a été soumise à l’âne et cela ne se faisait pas chez les Arabes. Tout cela est fini, l’amour porté par les gens à ce noble animal, est perdu par nécessité. Néanmoins il reste le souvenir des cavaliers renommés qui ont fait la gloire des Ouled Nail. Ceux qui ont suivi l’Emir Abdelkader et particulièrement ceux qui, au printemps de l’année 1846 lutaient désespérément contre le sinistre général Jossef et faisaient des dizaines de kilomètres de course au galop par jour, pour protéger leur Emir. Ce ne sont pas des paroles légères. C’était l’Emir Abdelkader et c’était les fameux cavaliers des Ouled Nail. Ce sont là des faits qu’il ne faut point oublier. Ce sont là des faits que la république Algérienne doit consigner en lettre d’or dans ses registres de l’héroïsme au même titre que les gloires de la ‘’Gaada’’ du djebel amour, des batailles du Djurdjura ou des combats du Djebel Boukhil. .

      Tel le célèbre Rabiî ben Belgacem. Saad ben Laouar à la fière allure.  Le fares Brahim ben Mahache, Saad ben Debaz et Mohamed ben Sliman ben Latreche ainsi que Attia ben Brahim, et Ali ben Guirra, sans oublié  les héros Salem ben Klib et Thameur ben Salem ben Toaba.  Ceux sont des cavaliers qui ont conquis le pays et les cœurs (…) La liste reste ouverte pour ceux qu’on a oubliés.  Tous ces cavaliers ont gravé, grâce à leur savoir faire et à leur dextérité, en lettre d’or, leur passage sur terre. Que dieu bénisse leurs âmes. Ils représentaient les Ouled Aissa, les Saadates, les Ouled Yahia ben Salem. Quand aux Ouled Si M’hamed, avec la fraction des preux, ( النزلة الفحله ) les cavaliers fameux, Belhacine et Abdesselem, des Ouled Ghouini.  Le pays raisonne encore de leurs prouesses et de leur bravoure. Je citerai Mohamed ben Chouiha, Fares baroud et le terrible Attia kahlaleche, qui tua le bey Softa. sans oublier l’incontournable Tahar ben N’mir, le bien nommé, Son père ayant chassé une panthère dans le djebel degdeg. Tous des Ouled Arbia. On disait d’eux, le « mi3ad 3arbaoui » et on disait aussi pour ceux qui veulent savoir :

ما خلّيتلك عود تعلفو و ما خلّيتلك عرباوي تعرفو

   Pour ceux qui veulent laisser un bon héritage à leurs enfants, la possession d’un cheval ou la compagnie d’un Arbaoui pour  apprendre et comprendre le Coran et les choses de la vie. ( fiqh eddenia w Edwin)

"و من أوتي الحكمة فقد أوتي خيرا كثيرا"

      A  l’exception d’El-Hadj Bahloul, cavalier émérite de l’ancien temps, décédé dans les années quatre –vingt à l’âge de quatre vingt dix ans. Je ne pourrais citer d’autres noms des Ouled Si Ahmed. Ils naissent presque tous cavaliers.

       Il n’est pas possible de parler de ces glorieux cavaliers sans citer Belgacem ben Raach auquel nous préparons un long travail.

       Combien sont beaux les poèmes de Belkheiri Mahfoud, j’atteste ici que sa muse n’est pas humaine, aidé par quelques Djinns de je ne sais quelle Arabie, pour arranger ces vers.

يا مضنوني بر من بي بعد* *دونو قطاعة القيم هدوم عليه

 راعي كذا من وعر دونو ووهد* *وكذا من صمي اللي ماضي يحفيـه

شقبني ذي القيم نيل طاح أسود* * قطاعة هوجاء على الراكب كرعيه

 لالي شاحب صيل عاتي متعود* *إذا فز كباب غبارو يكسيه

 خزة وتهرويل بالحافر يلهد* *يقدح في الصوان صمار مضويه

 تسميرو منو الصمي يسمد* *يطاير شغل التبن للي يذريه  

       

  Kouider  Chambite,  grand amoureux de l’art hippique, n’est plus et le renommé cavalier, champion des cours et surtout de la fantasia Ali Garmate , des Abbaziz aussi.  Ce même cheval est devenu transporteur, tireur de charrette, laboureur. Dans les années soixante-dix, des centaines de charrettes, sillonnaient la ville, tiraient par des chevaux ;  des chevaux qui avaient perdu de leur prestance et de leur ‘’dignité’’.

       Si Mahieddine disait à son illustre fils, l’Emir Abdelkader, point de bien pour notre terre depuis que nous avons fait de nos coursiers des bêtes de somme et de labour. Dans notre pays, c’est des paroles qui sont vrais dans tout les sens du terme. Parmi ces charretiers, ceux qu’on connaissait et ceux qu’on ne reconnait plus se sont reconvertis dans  leur grande majorité en conducteurs de voitures automobiles tout en conservant les reflexes et le comportement de charretier, parquant leur voitures sur les trottoirs, comme le disais si bien Abbas Moncef que dieu ait son âme.  En ces années là, il ne restait que la célèbre ‘’Jamra’’   et malheureusement le cheval de « Tenana ». Tous disparus, emportés par la frénésie de la mécanique. Mais heureusement, il reste quelques passionnés du cheval, qui s’investissent de cœur pour cet art séculier pour le perpétuer dans le pays des Ouled Nail. Tel le colonel Boulanouar Mohamed, fin connaisseur Et M. Hamrourech Abdelkader que Dieu les protège et le D. Mezghiche qui malgré ses préoccupations mondaines, s’intéresse aussi aux soins et à la qualité des chevaux chez les Ouled Nail…

   Il est clair que le sujet entamé n’est pas totalement épuisé. Nous y reviendrons certainement si Dieu le veut… 

(*) Chouiha Abderrahmane. Fondation Sidi Nail

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belferd 18/08/2018 21:33:49
TRÈS BON ARTICLE SUR LE CHEVAL NAILI BEAUCOUP DÉTAIL MERCI
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Ouled Naïl, Mohamed ben si Ahmed Bencherif, Emir Abdelkader, fondation sidi nail, ouled sidi Nail, Ber Sidi Nail

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