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Tahar ben N’mir

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Tahar ben N’mir et son fusil Tahar ben N’mir et son fusil

 Les gloires des Ouled Sidi Nail restent encore enfouies dans les décombres de l’histoire. Nous avons essayé de dépoussiérer quelque soit peu cette situation, à partir de documents éparses qu’il est difficile de trouver. Nous nous sommes surtout basés sur les rapports de l’armée coloniale, sur les écrits de certains de leurs officiers, et sur quelques manuscrits d’époque rares mais combien utiles. Nous avons essayé de lire les non-dits, les insinuations, les « faux-pas » de leurs auteurs.

Nous nous sommes trouvés en face d’événements extraordinaires, passés sous silence. Des gloires dans la résistance occultées, des prises de positions extraordinaires qui indiquent le courage, l’abnégation, la stratégie et l’héroïsme de leurs auteurs. On lit dans les annales: la résistance des villes du nord, la résistance de la Kabylie et à sa tête la Rahmania. La résistance des Arabes de la Mitidja. La résistance du Dahra, les tribus qui ont été massacrées, enfumées. C’était une véritable calamité qui est tombée sur le pays. Cela a duré six ou sept ans, pour occuper toute l’Algérie du nord mais dans les platitudes des steppes l’Armée coloniale s’est enlisée pendant plus de vingt années face à la résistance des guerriers nomades. 

Des soulèvements sporadiques plus ou moins organisés ont continué à faire bouger les populations qui n’ont jamais accepté le fait accompli. On parle aussi des bravoures et des lâchetés. Le comportement post-turc des gens était ambivalent, incertain et douteux. Le départ des turcs a laissé le pays dans un état d’anarchie totale. Nulle institution, nulle autorité et nulle référence sauf le système traditionnel ancien de chaque région qui a pris la relève d’un pouvoir autoritaire de l’impôt. Les tribus étaient livrées à elles-mêmes. L’occupant a compris notre état et l’a utilisé, en créant des corps d’armées de Zouaves et de turcos qui n’avaient pas de sentiment national. Dans cette ambiance d’anarchie, comment résister face à un envahisseur fort, déterminé et organisé. Il fallait en ce temps de danger trouver la bonne solution pour s’organiser. La solution salvatrice. La solution n’aurait pas pu être à Constantine vu les déboires du bey avec les habitants de toute la région et un manque de vision, ni à Oran,ou le pouvoir turc est déjà disloqué et la ville prise par l’ennemi et dans le reste des beyliks, ce sont les Coulouglis prétentieux et armés qui faisaient leur loi. Elle aurait pu être trouvée chez les Chorfa, les Ouled Sidi Nail, qui étaient en état de puissance et Les Ouled Si Ahmed auraient pu jouer ce rôle de leadership si ce n’était les sensibilités tribales et surtout les jalousies, cette nature secondaire de l’homme qui donne le sentiment d’insécurité et de perte de quelque statut intérieur. C’est un état maladif qui détruit l’être et les choses et annihile toute entreprise. C’est le diable qui vit à l’intérieur de l’homme qui se trouve alors nourri, de chagrin, de soupçon, de dépit et de défiance, comme le dit l’adage et comme l’envieux qui s’afflige de la réussite des autres nous enterrons nos héros et leurs bravoures.

 Mais la solution fut trouvée justement chez d’autres Chorfa, les Hachem ; Dans la personne du vénérable Cheikh Si Mahieddine qui avait une vision divine du pays, du concept de la nation et du Djihad et dans son illustre fils qui eut l’honneur et le prestige d’organiser la résistance et de fonder la nouvelle Algérie des temps modernes .en créant des villes nouvelles, en frappant monnaie et en fondant des canons.  L’idée est là. La tache n’était pas facile pour Abdelkader mais son génie lui a permis de vaincre les difficultés, de convaincre les tribus dont le raisonnement était, je dirai presque archaïque parce que justement se basant sur le tribalisme et la solidarité tribale (assabia), en l’absence de tout autre structure ou institution qui garantissent un minimum de sécurité aux personnes. Faut-il donc parler de tribalisme ? Nous dirons tout simplement qu’il n’y a absolument aucune fierté à appartenir à telle ou telle tribu si ce n’est les bravoures et les gloires que nos aïeux ont pu graver sur les pages de l’histoire. Notre rôle alors est d’en parler parce c’est grâce à leurs souffrances que nous avons maintenant ce sentiment d’appartenance et le mérite leur revient…

  Nous disions donc que l’Emir avançait malgré les difficultés, les intérêts des uns et les chasses gardées de quelques Zaouïas sectaires et jalouses de leurs influences. L’appel national de l’Emir Abdelkader est entendu par tous. Les Ouled Sidi Nail qui résistaient déjà sur tous les fronts avec Moussa Darkaoui, entendirent l’appel et désignèrent bien avant 1836 une importante délégation qui partit vers El-Gitna, pour la « Moubayaa ». Cette délégation est dirigée par des personnalités remarquables que l’histoire oublie. En l’occurrence Si Telli ben lakhel, dont on parlera plus tard de  Si Tahar Ben N’mir et Si Abbou ben Lakhal ancetre des guaizzi et oncle maternel de Telli ben Lakhal, homme d’épée et de courage et de Si El-bouhali des Ouled Saad ben Salem  qui eut des échanges de correspondances avec l’Emir grâce à son estafette légendaire : Ben Saidane. Délégation accompagnés d’un important Goum. Ces quatre personnalités sont oubliées et n’ont pas eu leur part de notoriété par rapport aux gloires qu’ils ont réalisées en véritables héros. Beaucoup d’autres personnages de moindre importance, dans toutes les régions du pays, sont chantés et présentés comme des héros. Ils se déplacèrent donc à la guitna pour voir le nouveau Sultan, l’Emir Abdelkader et lui faire leur allégeance. En 1837, une année après, L’Emir Abdelkader leur rend la visite prés de Fartassa en présence et sur les terres de Abbou ben Lakhal dont les actes authentiques sont en notre possession.il fut reçu avec du lait et de la « rouina » et c’est là l’origine de l’appellation « karmonia » autrement dit, «  krame wa nia »pour le lait et la  «rouina ». C’est donc Tahar ben N’mir parmi la dizaine de personnalités, qui dirigèrent la résistance de la grande confédération des Ouled Sidi Nail dont nous allons parler. Un jeune chef de guerre issu de grande tente, instruit dans les Zaouïas et personnage important…

 Tahar Ben N’mir est né en 1800. Il fut déjà en 1825 remarqué par un écrit que nous détenons, au sujet d’un contentieux qu’il régla avec une tribu voisine. Il fut aussi l’un des chefs qui firent incursion 1831 à la garnison turc de M’sila. C’était aussi le chef d’un goum important des Ouled Si M’hamed qui administrait le Zarhez (sic). Avec sa personnalité hors pair et le regard perçant que nul ne peut supporter et qui embarrassait beaucoup l’administrateur quand il le recevait, lui demandant de ne pas le fixer des yeux, lui valurent plus-tard beaucoup de déboires et l’exil.  Il représentait le véritable héros de cette époque, courageux, téméraire, jaloux pour son pays et fidele aux siens et surtout intransigeant. Ce fut véritablement le Naili, « moula draâ wa moula nif». Lorsque l’Emir Abdelkader organisa le Goum des Ouled Sidi Nail, Tahar Ben N’mir y tint une place importante au coté de son compagnon et son ami Si Cherif Ben Lahrech qu’il aidait et soutenait. Tahar ben N’mir lettré, avait fait ses classes chez cheikh El-Mokhtar en compagnie de cette génération extraordinaire et exceptionnelle d’hommes tels Si Abderrahmane Naas, cheikh Zebda et Si M’had ben Belkacem qui attacha son destin aux Ouled Sidi Nail et pris alliance.  Une grande amitié les rassemblait. Une relation amicale exceptionnelle le liait avec Si Mohamed Belkacem qu’il ne quittait pas, surtout à la fin de sa vie et à sa mort, il fut enterré dans la Zaouia d’El-Hamel après le rêve prémonitoire que fit si M’had Benkacem. Quelques années plus tard, en 1902 , on enterra Si M’had Belkacem à son coté.

Tahar Ben N'mir (1804-1894)

Lorsque l’Emir Abdelkader assiégea Ain-Madhi, suite aux différents  avec Si Mohamed Habib Tijani. Différents attisés par les interprétations non innocentes de Léon Roche et du prestige et de la suprématie que voulait pour lui le chef de la Zaouia Tijania. Si Cherif ne voulait pas participer au combat par respect à la Zaouia, par contre Telli ben Lakhal et Tahar ben N’mir, toujours fidèles, y jouèrent un rôle important et décisif dans sa chute. Ils penchèrent la balance et ont pu faire la différence entre la victoire et la défaite longtemps indécise. Dans son enthousiasme, l’Emir Abdelkader appela Si Tahar, l’Emir Tahar pour sa bravoure et son courage… en parlait en ce temps là, de « fatwa », interdisant le jihad contre les français parce qu’il fallait se soumettre, disait-on, au destin d’Allah, et que d’autre fatwa, des ulémas du pays la contredisait.

        Lors de la libération de si Cherif ben lahrech de Boghar puis de l’internement de Medea à la suite de l’appel au secours des Ouled Saad Ben Salem et des Ouled Aissa qui étaient persécutés et traités injustement par le Cheikh des Laghouat, Ahmed ben Salem. Si Tahar prit part à la campagne qui permit de récupérer les 2000 chameaux et quelques 5000 moutons, butins pris par les partisans du Cherif de Ouargla et de Nacer ben Chohra et même de les multiplier, appelant cela l’expédition du ‘’Mgataa’’, de Ouargla et de Oued Ennamous. Ce fut cet incident qui détacha les Ouled Saad ben Salem du Bachagha de Laghouat et leur retour au giron sous le commandement de Si Cherif ben Lahrech. C’était, nous le disons, la période de la chevauchée fantastique ou toutes les exactions contre la confédération furent vengées. C’est la période des règlements des ‘’contentieux’’ et des vengeances. Malheureusement, c’est la période ou des officiers criminels commandaient le cercle de Djelfa et y jouèrent un rôle pernicieux et satanique. Nous notons au passage que c’est l’un de ces officiers, le sinistre capitaine de Sonis qui fusilla les insurgés, compagnons de Bouchandougha en 1861 et que Si Tahar, caid des Ouled Si Ahmed et Si Cherif ben Lahrech, Bachagha des Ouled Sidi Nail, étaient en connivence avec les insurgés et que l’administration les soupçonnait.

    L’Emir Tahar fut nommé premier caïd des Ouled Mlakhoua, tribu très turbulente qui reste à sa mesure, ensuite caid des Ouled Si Ahmed qui fut parmi toutes les tribus des Ouled Sidi Nail la plus rebelle et à l’origine de toutes les agitations depuis le début de la colonisation. Il faut dire que les forces des Ouled Si Ahmed étaient bien plus supérieures aux autres tribus de la confédération et conduite par un certains nombres de familles guerrières et maraboutiques. Malgré leur soumission à la colonne du général Marey-monge, par la force des armes, ils restèrent insoumis et saisirent toute les occasions pour s’insurger. En 1849, ils marchèrent avec le chérif Mohamed Boumaaza et Mouley Brahim dans la Kabylie et dans l’Ouarsenis. Et même en 1864 ils se révoltèrent avec une partie des Ouled Ghouini et les Ouled Sidi Cheikh. Si Cherif ben Lahrech, ne voulait pas marcher avec les Ouled Sidi Cheikh par fidélité à l’Emir Abdelkader. Mais par contre, une bonne partie des Ouled Ghouini et des Ouled si Ahmed a rallié avec force. On parlera alors de l’insurrection des Ouled Ghouini. Tahar Ben N’mir était alors leur Caid. Et il reste beaucoup à dire sur ce sujet. De toute façon Si Tahar ben N’mir ne cachait presque pas son rôle et sa sympathie pour les différentes insurrections et son regard sévère contre l’administration des français qui le mit au centre de la mire pour s’en débarrasser parce que trop gênant. Parmi ses trois fils qui étaient lettrés, cultivés et éloquent  dont les oncles maternels sont les Beni Maida par leur mère Messaouda bent Sidi Aissa El-maidi et ayant grandis parmi les guerriers des Ouled Si Ahmed,  maitrisant l’Arabe et le français mais tous insoumis et turbulents.  Deux furent condamnés à mort, Senoussi auteur d’un livre de connaissance et de culture sur « le licite et le pêché », il fut blessé au bras, lors d’une attaque contre une colonne française, blessure  mal guérie qui l’emporta et Aissa, interné en France, dont on ignore la fin. Ali son troisième fils, le téméraire homme d’épée et le poète prolifique, la poésie coulait de sa bouche à profusion tout en faisant la route,  Il a été cité dans un article précédent.     

        L’Emir Tahar ben N’mir restera toujours suspect aux yeux des militaires, pour ses prises de positions et son franc-parler qui dérangeait l’administration.  L’Emir Tahar avait une grande influence sur les musulmans et malgré la rudesse de son commandement, il gardait une notoriété considérable dans toute la région parce qu’il ne ménageait pas les français. Il était craint et respecté par ses pairs. En octobre 1880  il est exilé à la suite d’une délation (…), en effet Si Tahar ben N’mir abritait, tout caid qu’il était, un homme des Ouled Zekri qui était venu demander sa protection, ayant tué un officier français.  En plus de cela ALI son fils ne cachait pas ses aventures sulfureuses avec Amanda, la femme de l’administrateur, ce qui gênait beaucoup les milieux coloniaux. Il ne fallait pas plus à l’administration de l’envahisseur pour arrêter les agissements trop en vue du caid. Ce n’est certainement pas, contrairement aux mauvaises langues, l’affaire de réquisition des mules de la région, Si Tahar était dévot et bienfaiteur des « Darawiche ».  Ksar chellala, était alors un petit hameau isolé des grandes routes.  L’administration lui avait donné deux choix ou l’emprisonnement (internement) de son fils Ali qui lui restait et sa révocation ou l’exil. Se voyant pourchassé par ses adversaires, trahi par une partie des siens, abandonné par ses compagnons tous morts au combat. Il fut donc contraint d’abandonner et d’accepter l’exil. Où il mena une vie de mécène, loin des feux de la résistance, étouffés par les cendres des-siens. Faisant le bien et rendant justice dans son entourage.  Apres sa mort, son corps fut récupéré par son ami Sidi M’had ben Belkacem et inhumé à El-Hamel………

(*) Abderrahmane Chouiha. Fondation Sidi Nail

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Chouiha Abderrahmane Chouiha Abderrahmane

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Emir Abdelkader, fondation sidi nail, ouled sidi Nail, Tahar Ben N’mir, Telli ben Lakhal, Si Cherif ben Lahrech, Ouled Si Ahmed, Ali ben Tahar Ben N’mir, les Zouaves, karmonia

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