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Nos racines

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Nos racines

Suivant l’adage populaire, Quand les agneaux bêlent et sont reconnus par leurs mères, c’est qu’il a eu, à un certain moment, confusion. En ce temps de grands changements, parler de nos racines, nous aide à nous ressourcer et à voir peut être plus claire, notre position par rapport à ce qui se fait. Parler de nos racines c’est parler du NOMADE.

Nomade il est en fait moins arbitraire d’inclure dans l’exposé du nomadisme la notion d’espace ; c’est-à-dire de géographie. Mais il est paradoxal d’en exclure toute idée de fixation et c’est par les hommes qu’il faudrait commencer et qui resteront au centre de nos préoccupations, leur psychisme, leur mentalité et leurs gestes qui les suivent bien après.

C’est cet ensemble de valeurs qui les façonnent dont nous allons parler. Il ne s’agit ici ni d’étude d’érudit ni une recherche fondamentale mais tout simplement un regard peut être pathétique d’un enfant de la steppe fixé quelque part entre quatre murs mais dont la pensée erre à travers les plaines comme le nomade avec ses craintes, ses préoccupations, ses amours et ses gestes. C’est de cette façon un peu poétique que nous évoquerons le pays qui s’étend du Sahara au Tell avec ses déserts, ses steppes, ses belles forêts et ses cités.

Bien que les conditions géographiques et climatiques déterminent une ambiance dans laquelle se font les activités économiques ; L’homme de la steppe fait face à un milieu difficile et défavorable par sa nature même. La dégradation du couvert végétal, parcours de pâturages, entraîne les érosions des sols qui appauvrissent le cheptel seule source de revenus. La démographie galopante et le surpâturage aggravent une situation déjà précaire. Tant d’autres problèmes font que le nomadisme disparaît petit à petit. Mais relativement où se situe le nomade par rapport au citadin ? Bien que l’on dit que la civilisation soit l’antithèse du nomade au point strictement matériel, elle va de paire avec la vie sédentaire des grandes villes où se trouve la prospérité industrielle et marchande où il y a une explosion démographique mais le développement économique amène les loisirs et avec eux la culture scientifique, l’affinement intellectuel et en même temps ces usages de la vie sédentaire amène la richesse, le bien être, le luxe avec son influence amollissante et dissociante (dans la tribu ; tous pour un et un pour tous. Alors qu’en ville ; c’est chacun pour soi et Dieu pour tous). Une tribu qui se livre aux jouissances du luxe se crée des obstacles à elle-même, prépare sa chute, elle va à l’avilissement et à la servitude c’est-à-dire que la civilisation est une période passagère de jouissance puis survient le retour vers le néant (أخشوشنوا فإن الحضارة لا تدوم). Il est vrai que les civilisations se succèdent les unes des autres, elles se transmettent en plus de tout cela le germe de mort, le lot de microbes dont l’habitat de sédentaire ne peut jamais être aseptisé et c’est justement le luxe qui en est le mal personnifié suite à cela l’exaltation de la vie nomade ne peut être que logique (?) Ses représentants sont les grands nomades pâtres de chameaux et ma sympathie va vers les dunes qu’a chanté l’émir Abdelkader et les pâturages du désert et les gens qui y vivent forgés à la pénurie et à la faim, les plus farouches des hommes, indomptables oiseaux de proie c’est la personnification de la vertu militaire, de la force, de la source unique de l’autorité et c’est surtout «l’aristocratie » naturelle de la terre. D’ailleurs l’histoire de l’Algérie et mieux encore celle de tout le Maghreb depuis l’antiquité est une suite d’apologie de la vie bédouine.

‘‘Numide’’ ne provient il pas du mot nomade ?(Gsell) et les peuples antiques les Maziques (Maxyl) que Massinissa voulu à tout prix sédentariser et les Garamanthes et les Gétules, les Zénata peuple migrateur du Yemen et ces bédouins Hilaliens qui ont imposé leur mode de vie au système Ksourien. Il faut aussi dire que les plus florissantes dynasties du Maghreb sont nomades ; ne rentrons pas dans les détails. Et qu’à cela ne tienne, cette notion de nomade est maintenant dévalorisée. Cependant il faut garder à l’esprit que la différence fondamentale qui existe entre l’orient et l’occident est justement ceci : nous avons un passé humain de l’histoire, un passé biologique, alors que les occidentaux ont un passé géographique. Ce qui fait la force des nomades, d’où découle leur vertu militaire c’est l’esprit de corps «Assabia» ce qui fait aussi leur hospitalité. Cet esprit de corps est le privilège exclusif des nomades. Il disparaît dès que la tribu se fixe, étouffé par les habitudes de la vie sédentaire. L’esprit de corps ne se montre que chez les gens qui sont liés par les liens du sang. La pureté de la lignée ne se trouve que chez les nomades. Voilà donc pourquoi la généalogie leur tient lieu de science et que «Assabia» qui vient de assaba, veut dire lier. Nous entraîne à dire que le lien des nomades est le sang et le lien des sédentaires est le sol. Ainsi de la vie à la mort l’espace est occupé par des mortels et des immortels c’est-à-dire les lieux. Alors que le nomade tue le sol «yerbi el ardh» en voyageant. Il faut comprendre la subtilité et essayer de changer le système connu de repères tel que nous le connaissons pour nous aventurer dans un monde mouvant aux bords changeants, discerner les sautes d’humeur ou les possibles ruptures ou même l’absence totale de repères pour nous guider et inventer des portulans étranges avec juste les astres pour jalons, voilà le génie nomade. Patriotisme peut prendre un sens ambigu, une patrie est un pays géographique, un territoire délimité, fixe, immuable en dehors duquel les sédentaires se sentent exilés. Le nomade, au contraire, forme un groupe humain de génération, l’esprit de clan est un élargissement de l’esprit de famille qui fait l’orgueil et qui se confond ici avec patrie.

Le prophète Mohamed (que le Salut soit sur lui) a dit «apprenez vos généalogie» et le khalife Omar que Dieu l’agrée disait : «ne soyez pas comme les Nabatéens, quand on leur demande d’où ils sortent, ils répondent de tel ou tel village.» il est tout à fait clair, que la généalogie est la base de l’esprit de clan, et cela est une vertu essentielle. C’est cela les valeurs des nomades qui ont toujours fait la loi dans notre pays. Qui avaient à leur solde, moyennant protection tous les habitants des villages et ksour du système saharien. Maintenant les choses ont changé. La colonisation a systématiquement disloqué la société bédouine qui représentait la véritable résistance à l’occupation comme l’a si bien démontré l’éminent sociologue Boukhoubza. Le constat de la situation a été étudié et décortiqué à souhait, pendant et après la période coloniale. Des études ont été faites, et elles sont assez consistantes, ce qui explique en partie et de différentes manières les causes et effets du phénomène pluridimensionnel et compliqué de ce milieu, seule une vue objective permettra de juger de ce qui a été fait, justement pendant ces décennies d’indépendance et savoir que l’intervention
dans ce milieu sensible et fragile pourrait avoir des effets néfastes et irréversibles. Ces interventions non calculées ont par leurs mauvaises adaptation aux réalités de la vie bédouine, dévalorisé le système pastoral producteur de richesse, malgré sa désuétude et son archaïsme, marginalisé le pasteur et encouragé un appareil décisionnel possédant des moyens colossaux mais corrompus. Il a aussi bouleversé une société fragile pour des raisons conjoncturelles, historiques et structurelles, sans réfléchir à la remplacer par un autre modèle, l’intensification de l’élevage par exemple pour endiguer l’exode rural (…) la mécanisation des transports et des pratiques douteuses de labours en principe défendu, participent à l’anéantissement de l’écosystème et décourage les éleveurs de plus en plus dépendants. Le rôle que pourrait jouer l’université et son institut du pastoralisme est énorme pour crée une dynamique génératrice d’idées afin qu’elle prenne en charge toutes ces préoccupations… Nous citerons quelques passages de Gauthier qui certainement l’a pris du maître Gsell qui dit «Mon pays idyllique offre aux regards, un panorama extrêmement envoûtant, ce sont de vastes plateaux, balayés par des vents ou d’immense plaines qu’un soleil implacable brûle et calcine. Plus d’arbres, plus de verdure, rien que la terre nue, paysage farouche qui donne de la grandeur à ses hommes. Une terre qui fait éclater au clair soleil, la seule richesse qu’elle semble posséder, celles de ses subtiles teintes fauves. C’est la surprise complète, une stupéfaction sans pareil pour celui qui vient de région ou l’eau abonde, qui constate le phénomène étrange d’un pays où l’eau est à peu prés absente, presque totalement privé de ces magnifiques taches vertes, richesse et parure du sol qui sont le revêtement habituel de la terre». Ce changement profond qu’offre le désert s’explique aisément par cette particularité qui dans le Sahara, notre Sahara il pleut moins souvent et moins abondamment qu’ailleurs et qu’ici les précipitations sont d’une telle rareté que l’histoire locale ne manque jamais de les enregistrer comme un événement.

L’insuffisance en eau révolutionne les conditions d’existence de la vie végétale et par contre coup celles de la vie animale et humaine. C’est ainsi que les habitants du Tell sont pour la plupart agriculteurs et sédentaires tandis que les habitants du désert sont en majeure partie pasteurs et nomades par nécessité et c’est la force des choses. Il en résulte que le cheptel est presque uniquement possédé par les tribus. La nécessité de renouveler les pâturages épuisés, d’avoir en été des points d’eau à proximité de la zone de pacage, en hiver des stations à l’abri des intempéries excessives, impose à tous les peuples pasteurs des déplacements fréquents, périodiques. Il leur faut des campements d’été et des campements d’hiver qui sont plus ou moins rapprochés, suivant les exigences multiples des lieux, du climat, des troupeaux. Le nomade, vivant sous la tente, (ces «mapallia» antiques qui ont la forme de fond de bateaux que les soldats de Darius, ont renversé, dit-on, pour se protéger) a conservé les mœurs et le mode de vie austère.

Il gère ainsi son troupeau. Le lait des chamelles, des chèvres, des brebis, entre pour une part dans l’alimentation familiale. Les ânes et les chameaux étaient utilisés pour le transport et le puisage de l’eau, mais la mécanisation a donné d’autres réflexes, vite acquis et maîtrisés. Le nomade, vivant de son troupeau, doit régler son existence sur les exigences du pâturage de ce troupeau. Sa constante et primordiale préoccupation est de faire subsister ses moutons, chèvres et chameaux. Pour tous les nomades, le problème est le même, mais la solution n’est pas la même pour tous. C’est selon les ressources des régions. Ce qui règle en quelques sortes les mœurs, les déplacements. Conséquence de la nature des choses : Sur les Hauts-Plateaux par exemple, de grandes plaines légèrement ondulées, sépare les soulèvements de l’atlas tellien et de l’atlas saharien. Le sol n’est jamais désertique, les vastes nappes d’alfa et la végétation propre aux terrains salés des environs des chotts et les larges lits d’oueds se couvrent après la pluie d’herbage varié dont les troupeaux sont friands.

Dans cette zone des Hauts-Plateaux, qui constitue les terrains de parcours par excellence du mouton, les nomades ne se fixent que le temps qu’il faut pour épuisé le pâturage avoisinant et une fois ce pâturage brouté, ils vont plus loin, planter leur tentes, installer leur troupeau. Leurs migrations ne sont que de peu d’amplitude si l’année est pluvieuse et le pâturage en abondance. Elles sont plus étendues, quand la sécheresse réduit les ressources.
En général le mouvement est orienté du sud au nord pendant le printemps et l’été, du nord au sud pendant l’automne et l’hiver ; mais ce régime n’est pas absolument régulier. Il dépend essentiellement de la pluie. Les années exceptionnelles de grandes sécheresse, les tribus nomades des hauts plateaux deviennent de grandes migratrices et arrivent jusqu’à la mer. Leurs enfants pataugent alors dans les plages avec leurs mèches de cheveux en l’air. C’est la quête de «l’acheb», la verdure printanière ou «l’achaba».
Depuis l’époque la plus reculée, les tribus se rassemblent au printemps, chargent sur leurs chameaux, leurs tentes et leurs bagages et emmenant avec elles tous leurs troupeaux, elles se mettent en marche vers le nord à petites étapes, les caravanes ainsi formées donnent une image inoubliable, un défilé impressionnant, pittoresque et beau. En fait, leurs migrations imposées par les lois immuables du climat, n’est pas seulement une tradition à laquelle ils sont attachés, mais une nécessité vitale. Pas de superflu, pas d’habillage, pas de romance… Le nomade reste pragmatique, réaliste, efficace et spontané alliant le geste à la parole, le mot, et la poésie qui coule à profusion de leurs bouches ; n’est-ce pas là, la civilisation orale. En plus de sa monture, de sa tente, de son sabre ; il possède les mots pour tuer ou guérir, pour chanter et faire l’amour et la sensibilité de sa parole, sa perspicacité est légendaire ; voilà donc sa richesse véritable, ce lieu commun porté par le verbe et qui trace le cercle des convivialités : les hommes se rassemblent alors, dans cet attribut divin. Portant leurs histoires, leurs mémoires, leurs projets et leurs rêves qui sont des notions de culture qui définit le rapport avec la vie en général. La parole qui dit quelque chose de précis contrairement aux bavardages citadins. Le nomade parle bien et s’emploie à déterminer les conditions pratiques de son bon usage. Il est par nature poète.

(*) Chouiha Abderrahmane, fondation Sidi Nail

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Visiteur 05/05/2017 19:52:43
Vous nous faites aimer la vie bedouine et vous le dites faites avec brio, c'est comme de la poesie. Contrairement á d'autres qui font semblant, je vous remercie, etant moi meme descendant de Nomade.
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Lecteur 20/05/2017 20:17:44
Un grand merci pour le Dr Chouiha pour ses écrits. Je reconnais en lui, le premier à avoir cassé les tabous et devoilé l'histoire cachée de cette region. Je sais aussi que tous le monde vous suit, et attend vos artcles, seulement, et c'est domage, ils ne le disent pas. Ce n'est pas de l'ingratitude, c'est une nature chez nous. Alors je vous le dis moi, qui vous as connu, bravo, continuez, et ne'arrendez pas de reconnaissance, vous l'avez du ''bon dieu'' metco pou Djelfa info et merci, merco à vous cher Monsieur...
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VISITEUR 20/05/2017 20:36:02
nous découvrons à travers les écrits de si Abderrahmane, les facettes multiples de notre histoire cachée. vous nous faites découvrir une pierre précieuse, que la majorité des gens semble ignorer. en vérité, tous les gens vous lisent et ne le disent . c'est peut être l'autocastration... H D .
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