Home | Historique | Aux origines de Ksar Charef … Sidi Abdelaziz El-Hadj

Aux origines de Ksar Charef … Sidi Abdelaziz El-Hadj

Par
Taille de la police: Decrease font Enlarge font
Charef Charef

Les hommes qui ont marqué l’histoire, ceux qui ont laissé des traces de leur époque, les grands, ceux qui ne s’oublient pas, sont gravés à jamais dans la mémoire des hommes. D’aucun croiront que je m’intéresse aux thaumaturges et aux choses surnaturelles qui ont bercé les convictions de nos pères, rêveries qui ont contribué à l’aliénation d’une nation au détriment du progrès et du savoir. D’autres peuples y compris arabes ont fait l’expérience et se sont trouvés complètement hors course, en suivant et en croyant  aux supercheries, et aux croyances populaires et aux charlatanismes. Je ne parle pas de cela.  Je ne doute absolument pas qu’ils y aient des « oulias » aux dons superbes, aux « karamat » authentiques. Ceci reste un secret détenu par leurs propriétaires.

Non, mon intention est de parler d’hommes exceptionnels, sur tous les plans. Des hommes qui dépassaient leurs contemporains avec des années lumières. Des hommes qui ont marqué leur époque par leur présence et leur connaissance. Qui ont contribué à éveiller chez eux, la soif du savoir, la fibre du patriotisme, le sentiment d’appartenance à une entité et surtout les éclairer dans leur religion. C’est des bâtisseurs, des réformateurs, des éducateurs, des hommes purs, des saints. Comme ce fut le cas de Sidi Abdelaziz El-Hadj, le fondateur du nouveau Charef.

Mais commençons d’abord par l’ancien Charef, et de Sidi Bouzid qui reçu Sidi Ali Ben Mohamed comme hôte de dieu, voilà de cela plus de quatre siècles et demi. Prés de la source de Tiouelfine à l’est de Ksar Charef. Son nom est Ali, et c’est un descendant de la fille chérie du Prophète, — que la bénédiction et le salut soient sur lui ! — par Mohammed ben-Youcef ben-Rached ben-Ferkan ben-Souleïman ben-Bou-Bekeur ben-Moumen ben-Abdelqaouï ben-Abderrahman ben –Edris ben-Ismaïl ben-Moussa ben Abdelouahed  ben-Djâfeur-Es-Sadik ben-Zinelabidine ben-Mohammed ben Edriss Tsani ben-Abdallah-El-Kamel ben El-Hacen El-Mouçana ben-El-Hacen-Es-Sebt ben-Fatima bent-Sidna-Mohammed Rassoul-Allah.

Il arrive, de Saguiet-El-Hamra, et il voudrait visiter les Villes saintes, nobles Mekka et El-Medina. » Le maître de la tente Sidi Bouzid, reconnut bien vite qu’il avait affaire à un chérif, et il fut d’autant plus disposé à le traiter généreusement qu’il sentait que ce devait être un homme pieux savant et influent. Il apprit, à son tour, à Sidi Ali qu’il se nommait Bou-Zid, et qu’il était Cherif. L’intimité s’établit bientôt entre ces deux hommes de Dieu, et Sidi Bou-Zid fit tous ses efforts pour retarder le départ de Sidi Ali, qui, dès le lendemain de son arrivée, avait voulu se remettre en route et continuer son voyage. Sidi Ali eut la faiblesse de céder aux sollicitations de Sidi Bou-Zid : les jours succédèrent aux jours avec une rapidité dont le saint de Saguiet-El-Hamra ne s’apercevait pas. Il finit cependant par découvrir avec un certain effroi qu’il lui était de toute impossibilité, s’il voulait continuer de voyager à pied, d’arriver aux Villes saintes en temps opportun ; car on sait que le pèlerinage n’a lieu que pendant les trois mois sacrés de choual, de dou el-kâda et de dou el-hadjdja. Sidi Bouzid lui proposa alors, un dromadaire qui lui permis de voyager rapidement.

Le matin, à la pointe du jour, après avoir reçu les souhaits de Sidi Bou-Zid, et lui avoir promis de repasser s’il plaisait A Dieu, — par Hassi-Tiouelfine à son retour des Villes saintes, Sidi Ali mit la tête de sa monture dans la direction de l’est, et l’y poussa. Le dromadaire n’obéit pas franchement aux excitations de Sidi Ali ; il hésita, et ce n’est qu’après avoir plongé son long cou dans le nord et dans le sud qu’il se décida à marcher. Quelques minutes après, le saint et la bête disparaissaient derrière Tenïet-Et-Tagga.  Cette hésitation montrée au départ par son dromadaire ne laissa pas d’inquiéter Sidi Ali : c’était un mauvais présage. Il y avait un bon moment que Sidi Ali était parti, quand on le rapporta blessé à la tente de Sidi Bou-Zid : en arrivant sur l’oued Taouzara, la monture de Sidi Ali s’était obstinément refusée à traverser ce cours d’eau. Le saint, qui croyait à un caprice de l’animal, voulut insister pour qu’il passât : résistance de la part de la bête, persistance de celle du saint, nouveau refus très accentué du dromadaire avec accompagnement de mouvements désordonnés ; bref, chute de Sidi Ali avec une fracture à la jambe. Le saint marabout fut, fort heureusement, rencontré dans ce piteux état par des passants, à qui, il raconta sa mésaventure; il les pria, après s’être fait connaître, de le transporter à la tente de Sidi Bou-Zid, ce qu’ils firent avec le plus grand empressement, car ils pensèrent qu’ils avaient tout à gagner, dans ce monde et dans l’autre, à rendre service à un homme qui, fort probablement, avait l’oreille des puissants de la terre et celle du Dieu unique. Sidi Bou-Zid fit donner à Sidi Ali tous les soins que réclamait son état. Dieu n’avait donc pas voulu que Sidi Ali-ben-Mahammed fit son pèlerinage.  Sidi Bou-Zid avait trois enfants : deux fils et une fille ; il lui vint un jour à l’idée de proposer à Sidi Ali, dès qu’il serait entré en convalescence, de se charger de l’instruction de ses deux fils.

Sidi Ali était un puits de science : ainsi, qu’on l’interrogeât sur el- ouloum  errabania, qui est la théologie, sur elêlm elmâani, qui est la rhétorique, sur el-êlm en-nedjoum, qui est l’astronomie, sur el-kimïa, qui est la chimie, sur ettaalimat, qui sont les mathématiques. On le citait pour son éloquence et la clarté de sa dialectique : à plusieurs reprises, il avait lutté, et victorieusement, avec les mouchebbiha, ces anthropomorphistes qui osent assimiler la nature de Dieu à celle des hommes ; avec les tenasoukhiya, secte de métempsychosistes  qui croient à la transmigration des corps humains dans les corps des animaux.

Sidi Ali se chargea avec joie de l’instruction des fils de Sidi Bou-Zid. Sidi Bou-Zid lui donna la main de sa fille, Tounes.  Sidi Ali devint le gendre de Sidi Bou-Zid, et parut consentir à se fixer auprès de son beau-père ; mais, quelque temps après son mariage, il recommença à parler de son départ. Sidi Bou-Zid, qui, pourtant, tenait plus que jamais à retenir sous sa tente ce saint. Sidi Bouzid était tout disposé à faire de nouveaux sacrifices pour se l’attacher définitivement. Il lui donna à choisir entre une somme de deux mille dinars et le puits ou la source de Tiouelfine. Sidi Ali n’hésita pas à prendre les deux mille dinars. Le soir même, le saint ayant été faire ses ablutions aux eaux de Tiouelfine, regretta le choix qu’il avait fait. Il se présenta à Sidi Bou-Zid, et lui dit, en lui remettant la somme qu’il tenait de sa générosité :

                                          Tâatini Tiouelfine     kheïr men elfine.

 « Tu me donneras Tiouelfine ; cela vaut mieux que deux mille (dinars). »

Quelques temps après, Sidi Bouzid lega toute sa fortune à Sidi Ali, qui eut avec Tounes deux enfants. Les choses allèrent très bien pendant quelques années ; Sidi Ali, qui déjà avait deux enfants de sa femme Tounes, ne parlait plus de départ ; il paraissait, aujourd’hui qu’il avait des intérêts sur le sol. il voulait se fixer définitivement près du hassi-Tiouelfine . 

Sidi Bouzid résolut de s’éloigner de son gendre car sa famille s’agrandissait. La mule de Sidi Bou-Zid avait terminé en même temps sa mission et sa longue carrière au pied des montagnes du Djebel Amour, à la corne Est de ce massif. Sidi Ali-ben-Mahammed restait donc le légitime et unique propriétaire de Hassi-Tiouelfine. De nombreux disciples, avides d’entendre ses savantes leçons, avaient, d’ailleurs, dressé leurs tentes auprès de la Kheloua du saint marabout, et formaient une sorte de Zaouïa qui comptait déjà des tholba.

Sidi Ali décida que pour perpétuer le souvenir de sa jument ; le lieu se nommerait désormais Charef, qui signifie noble, élevé, d’un grand âge, en mémoire de sa jument, qui, de tous les chevaux du Sahara, était la plus noble, de l’origine la plus élevée, et le plus respectablement âgé. « Et depuis cette époque, — il y a de cela quinze pères, disait le vénérable Mohammed-ben-Ahmed, le dernier descendant direct de Sidi Ali-ben-Mohammed, — Tiouelfine a pris et conservé le nom de Charef. Pour marquer son intention bien arrêtée de ne plus quitter Charef, il abandonna ses tentes et fit bâtir une maison au nord-ouest du point où, plus tard, s’éleva le ksar actuel. Quelques-uns de ses disciples en firent autant, et ces constructions, réunies autour de l’habitation du chikh, composèrent bientôt un petit ksar qui prit rapidement de la réputation comme sanctuaire des sciences et de la religion. On montre encore, à quelque distance du ksar de Charef, une haouïtha qu’on dit renfermer le tombeau de Sidi Ali-ben-Mahammed.

Sidi Ali avait eu deux fils, disons-nous plus haut, de sa femme Tounis. L’aîné, l’héritier de la baraka, Sidi Moussa-ben-Sidi-Ali, au lieu de posséder les pieuses et douces vertus de son père, eut, au contraire, toutes les effrayantes aptitudes des héros. Il avait 9 sabres, et chacun de ces instruments de mort était d’une forme différente, l’un d’eux surtout, qu’il appelait « El-Kouchouh », était l’effroi de ses ennemis. Si l’on en croit les Abbaziz, et je signale au passage qu’ils ont de belles statures et aux caractères assez doux, les exploits de leur ancêtre Moussa-ben-Ali sont merveilleux : hospitalier, homme de poudre, « moula draa ».  

Quant au second fils de Sidi Ali-ben-Mahammed, la tradition n’en dit rien, ce qui tendrait à prouver que ce n’était pas un guerrier. Elle se tait également sur Choâïb, sur Bou-Yahya, sur Yahya, et sur Othman, ces descendants du fondateur de Charef : ils vécurent de leur saint ancêtre sans faire parler d’eux, Tous ces descendants de Sidi Ali furent enterrés à Aïn Guetaïa, entre Charef et Znina. Il y avait là autrefois un Petit ksar dont on voit encore les restes. C’est ainsi qu’après avoir vu passer sans bruit les quatre descendants de Sidi Moussa, qui, après eux, laissent à peine le souvenir de leur nom, nous-allons voir briller d’un éclat nouveau la maison de sidi Ali-ben-Mahammed. 

Le temps était venu où Charef allait sortir de l’obscurité et resplendir d’un lustre bien autrement éclatant que celui des ksour ses rivaux. Vers l’an 1083 de l’hégire, il naissait à Sidi Othman un fils auquel le hasard faisait donner le beau nom d’Abdelaziz, serviteur du Tout-Puissant. Il n’avait certes pas les aptitudes héroïques de son ancêtre Moussa : il préférait une mule à un cheval, une plume à un sabre, l’étude des livres saints aux violents exercices du corps, et, s’il devait être la terreur des ennemis de l’Islam, c’était plutôt par la parole que par l’épée. Le bruit de sa piété extraordinaire se répandit bientôt dans tout le ber Sidi Nail.

On n’a jamais connu d’une manière précise les raisons qui avaient pu déterminer Sidi Ali-ben-Mahammed à établir son ksar si loin des eaux de Charef. Sidi Abdelaziz résolut cependant de modifier cette situation et de fonder un nouveau ksar plus près des eaux de Charef, et dans une position plus saine et plus facile à défendre. L’ancien Charef fut bientôt abandonné, et le nouveau s’accrut tous les jours de maisons qui se groupèrent autour de la mosquée. Sidi Abdelaziz s’était marié de bonne heure, car il tenait à augmenter la postérité de la maison de Sidi Ali ben-Mahammed. Il avait épousé, dans ce louable but, la belle Halima, au bout de trois années de mariage, Sidi Abdelaziz était déjà père de cinq enfants. Un jour, ne pouvant plus résister aux appels de sa foi, il revêtit la guenille, c’est-à-dire le bernous de deroueuch, et partit en voyage. il se dirigea vers le nord, laissant à Dieu le soin de lui tracer son itinéraire.il se dirigea à El-Asnam pour rencontrer dans sa kheloua Sidi benchâa-El-Habchi (lienchaa), Le lendemain, aux premiers rayons de l’aurore, Sidi Abdelaziz se séparait de Sidi Ben-Châa-El-Habchi et suivait le Djâadi, Kabyle qui était enchanté de le rencontrer, Deux jours après, ils arrivaient au village d’Abdelnour. 

Dès que Sidi Abdelaziz arriva, le Djâadi, suivi d’une jeune fille parée et d’une jument richement harnachée, s’avança respectueusement vers son compagnon et lui dit : « O Abdelaziz ! Si tu veux, cette jeune fille et cette jument sont à toi. C’est ce que j’ai de plus précieux. » Fatima, — c’était le nom de la jeune fille.  «J’accepte la jument et la jeune fille. » Mais Fatima était tellement heureuse qu’elle ne remarqua pas que la jument avait passé avant elle dans l’estimation que faisait le saint de la femme et de la bête. il faut signaler et remarquer que les choses terrestres passaient en second pour Sidi Abdelaziz, Néanmoins, le mariage se fit. La tradition nous apprend que le Ciel bénit cette union, et que la sensible Fatima donna bientôt un fils à son saint époux. Mais la passion des voyages, qui n’avait fait que sommeiller chez Sidi Abd-el-Aziz, ne tarda pas à se réveiller plus ardente et plus impérieuse que jamais.

Après avoir ramené tant bien que mal quelques Bni-Djâad dans la bonne direction, il songea à faire une tournée religieuse chez les Bni-Khalfoun, tribu kabyle établie au nord des Bni-Djâad et sur la rive droite de l’oued Isser. Avant de reprendre son bâton de voyage, Sidi Abdelaziz se fit apporter son fils, et lui frappant doucement sur la tête, il fit la prédiction suivante : « De cette tête sortiront cent plus un cavaliers, ou cent moins un », et cette prédiction valut plus tard à cet enfant le nom de Sidi Ali-Bou-Farès.  Après avoir confié sa femme et son fils aux soins de son beau-père, Sidi Abdelaziz se dirigea vers le nord, et, traversant l’oued Isser, il pénétra dans les montagnes des Bni-Khalfoun, et alla s’établir dans une grotte, à Tizi Cheriâa. Sidi Salem ben-Makhlouf habitait depuis plusieurs années déjà le pays des Bni-Khalfoun.  Ce dernier, qui avait ses vues, et qui désirait le retenir auprès de lui, lui offrit la main d’une de ses filles, la ravissante Samha. Sidi Abdelaziz ne vit pas d’inconvénient à devenir le gendre de son saint collègue, d’autant plus qu’en résumé ce mariage ne portait qu’à trois seulement le nombre de ses femmes légitimes. Sidi Abdelaziz entra complètement dans les vues de Sidi Salem-ben-Makhlouf, et ils fondèrent de concert une zaouïa qui ne tarda à s’agrandir, devenue un grand centre culturel, fréquenté par les « oulamas » les plus renommés. La fille de Sidi Salem-ben-Makhlouf, la belle Smaha, donna à Sidi Abd-el-Aziz un fils qui fut nommé Abderrahim ; le saint marabout de Charef se vit alors père de sept enfants mâles, nombre tout à fait rassurant pour la maison de Sidi Ali-ben-Mahammed. Cette maison qui a toujours été l’allié fidele des Ouled Sidi Nail, leurs cousins. Il arrivait de temps en temps à Sidi Abdelaziz de tourner sa pensée vers le Sahara, et de l’arrêter sur le Ksar Charef et sur ceux qu’il y avait laissés. Les charmes de la ravissante Fatima la Djâadia, et de la charmante Smaha la Khalfounia, n’avaient pu lui faire oublier l’opulence de ceux de la belle Halima, qui, depuis cinq années, attendait vainement son retour. Sidi Abdelaziz avait aussi à Charef cinq fils, dont l’aîné, Si Ahmed, l’héritier de la baraka, devait être déjà, s’il avait tenu ce qu’il promettait, un sujet des plus remarquables. Sidi Abdelaziz avait le mal du pays. Cette affection finit par se développer avec une telle intensité qu’il en perdait le boire et le manger. Sidi Abdelaziz, laissant là sa troisième famille et sa zaouïa, partit pour Charef. La zaouïa fut bientôt déserte.

Le saint, avec une joie qu’il n’avait pas cherché à dissimuler, revit son pays natal, sa femme et ses enfants. Le Ksar-Charef s’était beaucoup développé pendant l’absence de Sid Abdelaziz : des constructions nouvelles s’étaient élevées autour de la mosquée, et de nombreux arbres fruitiers, plantés soit par les anciens disciples de la zaouïa, soit par les membres de la famille de Sidi Abdelaziz, donnaient déjà à Charef toute la fraîcheur d’une oasis. Il n’y avait plus à douter que les eaux de Hassi-Tiouelfine ne valussent mieux que deux mille dinars : « Tiouelfine kheir men elfine », ainsi que, jadis, l’avait dit Sidi Ali ben Mohammed à son beau-frère Sidi Bou-Zid. Bref, Ksar-Charef prenait tout à fait le chemin de se transformer en Éden.

Sidi Abdelaziz voulait faire le pèlerinage aux lieux saints de l’islam. Un jour, il était couché, — mais il veillait, — auprès de Halima, qui, dit-on, dormait profondément. Puisque la tradition prétend qu’il l’éveilla. « O Halima ! lui cria-t-il dans l’oreille gauche, je veux, ce soir, aller à Mekka. » Lella Halima, bien que réveillée en sursaut, répondit d’instinct : « Tu n’iras pas ! » De peur de le perdre encore pendant cinq ans. Plus-tard Les « Abzouziet » ont pris cette ascendance de leur aïeule et sont de bonnes épouses et maitresses de maison.

Et pourtant Sidi Abdelaziz avait juré par Dieu, par son père et par son ancêtre Sidna Mohammed, — que Dieu épande ses bénédictions sur lui et sur ses compagnons ! — j’ai juré que j’irais, cette nuit, visiter Bit Allah. Cette prétention de Sidi Abdelaziz d’aller à Mekka en une nuit n’était évidemment point réalisable par les moyens ordinaires.  Le saint répugnait à monter les chevaux, il se servit en guise de selle de la pierre plate qui était au centre de son cercle d’évocation et de prière, dit l’histoire populaire. Mais c’est plutôt sa dévotion et son service rendu aux musulmans qui lui valu le titre de « hadj ».

Les Abbaziz à leur tête Sidi Abdelaziz avaient rendu de grands services aux Béni Laghouat lors des crus de l’oued Mzi. En reconnaissance de ce service signalé, les gens de Laghouat apportaient tous les ans à Sidi Abdelaziz El-Hadj, et, après lui, à ses descendants, un régime de leurs plus belles dattes. Sidi Abdelaziz El-Hadj, que les années avaient alourdi, songea sérieusement à la retraite ; il consacrait tout son temps à prier ou à faire de pieuses lectures à ses anciens disciples, qui avaient vieilli avec lui. Sidi Abdelaziz El-Hadj mourut, laissant là ses soixante-trois ans. Quelques (traditionnistes) prétendent que Sidi Abdelaziz El-Hadj serait mort chez les Bni-Djâad, et qu’il aurait son tombeau chez les Ammal, sur l’ouad Isser. Quoi qu’il en soit, les Bni-Djâad et les gens de Charef prétendent chacun posséder la dépouille mortelle de Sidi Abdelaziz.  

Aujourd’hui une pierre brute, couleur de sang, marque seule le lieu où furent déposés les restes de l’un des plus grands saints de l’Algérie : une pierre, haute d’une demi-coudée, confondue au milieu des tombes des Abbaziz, ses descendants et ses serviteurs religieux. Nous devons ajouter que la chapelle funéraire que lui ont élevée les Ammal est restée parfaitement debout, et que ces Kabyles ont toujours prétendu posséder les restes authentiques de Sidi Abdelaziz. Sidi Abdelaziz El-Hadj, nous l’avons vu, semait de sa postérité un peu partout : c’est ainsi qu’après avoir été élevé cinq fois à la paternité à Charef par le fait de la ravissante Halima, laquelle lui donnait, en peu de temps, Sidi Ahmed, Sidi Sliman, Sidi Moussa, Sidi Mahammed et Sidi Amour, il recevait de Fatima la Djâadia Sidi Ali-Bou-Farès, et de Smaha la Khalfounia Sidi Abderrahim. Je note au passage que parmi les descendants de sidi Ali Bou Fares de la Medjana, on compte les Mokrani, qui ont donné plus de cent Fares…

(*) Chouiha Abderrahmane ; fondation Sidi Nail.

lectures : 2538

Subscribe to comments feed Commentaires (1 posté)

avatar
Kesri fat 27/12/2016 17:26:30
Un témoignage fidel et rassurant. Merci pour l'effort et merci encore pour l'honnêteté. Une reconnaissante qui revient de loin.
total: 1 | Affiché: 1 - 1

Postez votre commentaire

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha

Auteur infos

Chouiha Abderrahmane Chouiha Abderrahmane

  • Envoyer par email à un ami Envoyer par email à un ami
  • Version imprimable Version imprimable
  • Texte complet Texte complet

Mots-clés:

Ouled Naïl, Charef, Sidi Naïl, ouled sidi Nail, Sidi Abdelaziz El-Hadj, Sidi Bouzid, Tiouelfine, Saguiet-El-Hamra, Ksar Charef, Sidi Ali-ben-Mahammed, Sidi Moussa-ben-Sidi-Ali, Aïn Guetaïa, Bni-Djâad

Estimez cet article

0