Home | Culture | Alternance de culture

Alternance de culture

Par
Taille de la police: Decrease font Enlarge font
Djelfa 1940 Djelfa 1940

Quand on est imbu d’une culture, qu’on vit ses subtilités, ses états d’âme, son humeur et son génie (des fois créateur, des fois fossoyeur), on a l’impression de comprendre le monde et d’expliquer les phénomènes qui régissent les choses. On regarde alors la création à travers des lunettes qui ont été faites sur une mesure bien particulière, façonnées selon une donne bien compliquée, bourrée de signaux, d’insinuations, de non-dits, de complexes et d’espérances.

Je ne parle pas de civilisation qui comprend tous les savoir-faire de l’habillement, de la cuisine, de l’agronomie et d’autres technologies qui finalement appartiennent, après une période d’accaparement, à toute l’humanité. Non je ne parle pas de civilisation mais de culture qui nous enferme dans un carcan bien défini qui fait que le regard est toujours dirigé vers des résultats espérés à l’avance et des sentiers balisés ainsi que des garde-fous et des main-courantes qui nous dirigent dans la pénombre.

C’est certainement le produit de maitre-penseurs, de gourous, d’une école egocentrique qui définie les mesures abstraites, Les normes plastiques, l’échelle des valeurs et le standard de beauté on ayant à l’œil la primauté de l’ego. Que cette école est toujours la meilleure et que sa réflexion est la plus logique. Notre aveuglement nous mène inévitablement vers la haine. Nous sous-estimons l’autre. Nous n’acceptons pas sa différence. Nous le méprisons. Ainsi sont faites la plupart des sociétés à leur tête la société Européenne, l’Eurocentrisme et nous, comme sous- produit néocolonial tout fier de maitriser sa langue et rien que cela. Mais il est possible de s’ouvrir vers d’autres cultures qui peuvent nous élargir les horizons et voir des choses merveilleuses qui nous étaient cachées.

Il est possible et il faut nous libérer de cette situation, produite par l’occupation plusieurs fois répétée de notre terre par un envahisseur plus fort que nous, plus organisé que nous, manipulateur et raciste qui nous a fait du mal et nous laissa indigents et dépendants. On a subi la déculturisation.  Après une lutte de survie, nous nous sommes libérés mais bien pauvres. Il nous appartient maintenant de découvrir, d’abord nos origines certaines et de dépoussiérer notre histoire défigurée. D’avoir le courage de nous réconcilier avec nous même et de vivre nos racines avec fierté. Savoir que ces racines sont plusieurs fois millénaires et porteuses de civilisation universelle qui a rendu de grands services à l’humanité entière et même à nos oppresseurs qui restent ingrats. Que nos aïeux étaient magnifiques et qu’il faut qu’ils soient nos guides et nos repères.

Nous avons vécu une période d’aliénation ou nous étions colonisés de la pire façon. Ils nous ont rabaissés, ils ont essayé de gommer notre passé, d’effacer notre personnalité, d’éteindre notre regard et de noyer notre fierté. Notre culture fut rabaissée à de simples gestes folkloriques. Nous n’étions rien par rapport à eux. Nous n’avions pas droit à l’école ni à la santé ni à la vie décente. Cet état de fait nous relégua aux dernières places. Nous renions notre passé et nous doutons de notre identité et de notre présence. Nous avons pris alors comme idole, notre oppresseur d’hier, ceci peut être expliqué par le syndrome du colonisé et c’est très grave mais il y a une justice et il faut qu’ils assument leur responsabilité. Nul ne peut leur pardonner à notre place.

Nous vivons actuellement une situation postcoloniale anachronique, après cinquante ans d’indépendance, nous n’avons pas su nous débarrasser de cet état contradictoire qui nous amoindri. Nous ne faisons qu’imiter maladroitement des procédés, des façons, des gestes sans âme, qui réussissent à d’autres, qui ne peuvent pas nous réussir, parce que, à la base, ils nous sont étrangers. Regardez d’abord ces gens qui viennent travailler dans notre pays, quelque-soit leur nationalité nous nous adressons à eux tout fiers et stupide en cette langue qui nous colle à la peau. Nous sommes victimes de cela. Nous croyons déjà que lorsqu’on apprend à nos enfants à parler français, qui finalement ne leur servira jamais à rien, nous sommes tout fiers de croire que nous vivons un certain standing, une certaine classe qui nous identifie à l’oppresseur d’hier que nous prenons comme exemple.

Dans notre esprit de colonisé nous croyons bien faire et nous vivons ces contradictions stupidement et on n’y peut rien. Mais d’un autre coté, il existe une certaine autre frange de la société qui a pu produire des génies exceptionnels tels l’Imam Benbadis , El-Okbi, El-Ibrahimi et tout prés de chez nous Abderrahmane El-Dissi et  El-Tahiri , etc. que le bon Dieu les agrées. Mais suivi d’une masse qui se dit cultivée. Cette masse a fait ses études dans des écoles moyenâgeuses, archaïques. Son enseignement Arabe était fortement dépassé. Elle a cru détenir les clés de notre personnalité. Elle fournit à un moment donné les moniteurs de l’école Algérienne. Cette frange est aussi le fruit colonial parce que née d’une réaction de refus de l’occupation et d’une forme de résistance désespérée.  Elle vit son marasme aux mêmes degrés que la francophonie. Elle fut à un certain degré responsable de l’exclusion des berbéristes qui se sont jetés dans les bras de la francophilie qui leur ouvra les bras hypocritement.

Cette frange « traditionaliste » est aussi dangereuse que l’ignorant qui nous accompagne et peut nous faire autant de mal que l’ennemi, parce à moitié cultivé. Il faut savoir qu’un débile qui joue au brave devant un fort, aide son ennemi, il provoque sa propre perte.

Ces deux franges ambitieuses et sans scrupules (parce qu’elles se trouvent à la moitié du chemin) se sont accaparées pratiquement toutes les responsabilités stratégiques et que peuvent elles servir sinon leurs intérêts ? C’est cette situation qui mena à une certaine époque à l’élimination corporelle des lettrés et qui continu à les exclure et à les marginaliser. Les gens dépourvus de mérite ne peuvent supporter les gens qui en ont, c’est pour cette raison que le chemin est encore long et que notre comportement d’ancien colonisé a encore de beaux jours devant lui, manipulé par l’ancienne puissance et délaissé par notre propre école qui n’arrive pas à décoller ainsi que par des responsables qui tiennent à leur butin de guerre comme à la prunelle de leur yeux et voient en lui leurs propres bénéfices. Ils suivent leurs bas instincts et tout comme leurs anciens oppresseurs, ils ne pensent qu’à leur ventre et à leur bas ventre. Leurs intérêts et leurs privilèges passent avant tout. Ils brisent l’élan de leur coursier à l’avance et castre leur étalon. Le résultat de cette évolution qui n’est pas bénéfique du tout, ne mène que vers la déperdition. 

La nouvelle élite rurale surclasse l’ancienne classe urbaine de plus en plus rare et marginalisée et désormais l’instituteur reprend le relais du Taleb qui avait sans conteste dispensé le nationalisme à une certaine époque. S’il vous arrive de visiter un campus d’université d’Algérie, vous avez alors l’impression de vivre un film Egyptien où on vous dispense des allocutions de Monsieur le Docteur et "bache mouhandas" à la pelle et que vous ne sentez ni la différence de niveau ni l’aura du docte et vous vous trouvez alors dans une ambiance d’indigence totale, de surdité de l’intelligence et surtout de prétention.

C’est la course effrénée aux titres qu’une administration véreuse au sens propre du terme, distribue à la volée à une faune demi ignorante et la demi-ignorance est pire que l’ignorance. Vous sentez chez ces gens, le contentement de soi qui résulte de l’ignorance et qui fait leur bonheur. C’est le pays des merveilles, de l’admiration, de la servitude et de l’audace.

Que peut-on attendre plus que nos espérances, celui qui ne possède la chose ne peut la donner. Ceci ne veut pas dire qu’on met tous le monde dans le même sac, sauf le respect de Dieu. Il y a certes des intellectuels de haut niveau et auxquels nous devons tout le respect et la considération et que nous saluons bien bas. Nous ne parlons pas de l’exceptionnel mais du général qui représente le vrai visage des institutions.  Vous vous dites alors que le chemin est sincèrement très loin pour voir un rayon de soleil et que l’étoile du bonheur ne se lèvera pas de sitôt avec ce niveau (…) comme disait El-Hadj Kouider.

Il existe certainement une dynamique souterraine selon les analyses des penseurs mais l’information semble stagnée et que la télévision d’après ses programmes, n’est regardée que comme un objet de distraction alors qu’elle peut jouer avec la radio un rôle dans le changement positif. Voila donc nos espérances pour rencontrer cette géographie Arabe changeante comme un kaléidoscope aux paysages merveilleux et ensorcelants, cette littérature qui a pu produire la moitié de la poésie humaine, qui a inventé cette rhétorique époustouflante et est arriver à l’éloquence sublime et le Coran en est l’honorable exemple.

Pour une prise de conscience, voila donc notre chemin et voila nos ambitions pour retrouver nos racines et notre culture si seulement cette élite doutait dans ses capacités. Où peut-on trouver la prise de conscience et le savoir s’ils ne sont pas à l’école, à l’université, dans la télévision, à la radio, dans la rue, dans la famille, certainement pas dans des cours « supplémentaires ».

Ceci est un constat, ce n’est certainement pas une polémique ni une querelle. Je ne m’attends à aucune considération car l’ignorant l’emporte toujours par la faconde. Le sage dit que la parole de l’homme sensé passe inaperçue dans l’assemblée de gens stupides et que les plus belles voix de l’Arabie se taisent au son du tambour.

(*) Chouiha Abderrahmane. Fondation Sidi Nail

lectures : 241

Subscribe to comments feed Commentaires (1 posté)

avatar
Cherif cherif 19/04/2018 03:36:04
C'est sobre, C'est net, C'est précis, C'est bien dit. L'auteur prouve une nouvelle fois sa capacité et son talon. Mais comme il le dis si bien, chez nous, On brise l'elan de nos coursiers dès le départ . Pourquoi Mr chouiha vous n'écrivez pas de livres.
total: 1 | Affiché: 1 - 1

Postez votre commentaire

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha

Auteur infos

Chouiha Abderrahmane Chouiha Abderrahmane

  • Envoyer par email à un ami Envoyer par email à un ami
  • Version imprimable Version imprimable
  • Texte complet Texte complet

Mots-clés:

fondation sidi nail, ouled sidi Nail, colonisation française, déculturisation, déculturation

Estimez cet article

0