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«LA NUIT ET L’ENFANT», LA REVANCHE DES CYCLES

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«LA NUIT ET L’ENFANT», LA REVANCHE DES CYCLES

David Yon suit l’errance nocturne d’un homme et d’un garçon en quête d’oubli dans l’Atlas algérien. Une sublime métaphore de la guerre et du passé.

La Nuit et l’enfant est beau. Le mot bien sûr ne dit pas grand-chose. D’un côté, il est beau en pure perte : il est offert, il brûle l’écran. Ce qu’il nous donne, c’est le jeu, c’est aussi la couleur (des très-bleus, des très-jaunes, des très-rouges). Il s’adresse à quelqu’un qui entrerait pour une heure dans un cinéma, et qui pourrait ensuite continuer à vivre, à marcher, à regarder, écouter. Ce spectateur serait affecté d’un tremblement léger, involontaire. Sorti de la Nuit et l’enfant, il n’aurait pas appris ni vécu quelque chose en particulier. De fait, le cinéma, pas plus que la vie, n’enseigne le sens de la vie. C’est à peine s’il nous jette dans une expérience : mais il nous abandonne à une errance parmi ses signes. D’un autre côté, le film est beau parce qu’il avance d’un trait vers un but, comme une fable : il fait bien signe vers un enseignement. Un sens qui n’apparaîtrait que plus tard, hors du film. Et ce retard, imprimé à la leçon qu’il semble délivrer, renvoie son spectateur à un autre moment de la vie, un moment dans l’avenir ou dans le passé, peut-être éternellement repoussé.

Attente.

C’est le secret du tremblement, le retard du cinéma. Pendant cette imperceptible attente, on continue de marcher, de regarder et d’écouter. Un homme et un enfant, qui se protègent l’un l’autre, avancent dans les plis de l’Atlas algérien, entre la montagne et le ciel. Le jour ne se lève plus, et la nuit a pris le dessus sur le monde. Le film va, avec ses deux personnages, dans deux directions simultanées : à la fois s’enfoncer dans la nuit, et attendre le lever du soleil. D’un côté la pure perte (le jeu en guise de récit, et la couleur comme expérience), et de l’autre le retard et l’attente (l’espoir que cela ait un sens et une fin, même repoussée). Ce sont bien deux beautés différentes, mais qu’on aurait trop vite fait d’opposer, de nommer l’une plastique et l’autre narrative, l’une purement sensible et l’autre sûrement sensée.

Dans la Nuit et l’enfant, le jour se lève. Pour autant, la nuit ne s’en trouve pas effacée. Ici, la nuit, c’est peut-être le passé qui n’est pas passé, la guerre, l’angoisse et l’histoire (le terrorisme). C’est aussi la fête et la danse. Et au jour qui se lève enfin, succède une nouvelle nuit. Les deux directions formaient en fait un même cercle, un même astre, une révolution. Nuit, jour, nuit. C’est le sens cosmologique du film. L’étrange retard dans la révolution révèle qu’on peut, dans le sens qui continue de tourner, se trouver d’autres trajectoires inquiètes : s’inventer des jeux, se plonger dans des couleurs, se faire des signes. Et que nos vies affectées d’un léger tremblement modifient, même imperceptiblement, le noir cours cosmique des choses.

Logique.

David Yon, le réalisateur, est par ailleurs l’un des instigateurs de Dérives.tv, une revue de cinéma en ligne, l’une des plus généreuses actuellement, qui propose d’importantes ressources de textes et de films, anciens comme nouveaux, selon une logique de programmation. Dans un même esprit, la sortie de son film donne lieu, dans une salle de cinéma parisienne, à plusieurs séances où il sera précédé de films courts d’autres cinéastes. L’occasion nous est donnée de voir quelques merveilleux films que leur format condamne à la rareté. Notamment les Bonnes de Soufiane Adel, Archipel de Djamel Kerkar et Un dollar par jour de Jocelyne Saab.

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David Yon, L’enfant et la nuit

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