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LA NUIT ET L'ENFANT : Après la peur, le soleil

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LA NUIT ET L'ENFANT : Après la peur, le soleil

Du bon et du moins bon dans la sélection des 13ème Rencontres cinématographiques de Béjaia qui se déroulées du 5 au 11 septembre 2015. L’équipe de Abdelnour Hochiche a choisi 35 films sur les 350 reçus.

LA NUIT ET L'ENFANT : Après la peur, le soleil

Le jeune cinéaste français David Yon est allé dans l’Atlas saharien chercher «le paradis perdu». C’est lui-même qui l’a dit lors du débat sur son film Al fata oua layl (L’enfant et la nuit), co-écrit avec Zoheir Mefti et Lamine Bachar, et tourné dans la région de Djelfa. «Faute d’autorisation, j’ai tourné la nuit. Zoheir Mefti m’a dit, en regardant les images, que ce que tu as filmé n’est pas le paradis perdu puisque l’eau y est empoisonnée», a-t-il dit.

Le film, à forte charge poétique, suit le parcours nocturne du jeune Lamine et d’un enfant. Les deux personnages, peu loquaces, fuient une certaine terreur. Mais laquelle ? Le jeune homme parle d’un groupe terroriste qui a fait une attaque. Des terroristes qui sèment la mort et la désolation. La peur est intensifiée dans les yeux des fuyards par les lumières orange-feu de David Yon. L’enfant jette des pierres vers la lune alors que le jeune homme poétise son existence à travers des mots arabes soigneusement choisis.

Vont-ils arriver à destination ? Mais laquelle ? «On va où maintenant ?», s’interroge le petit garçon. David Yon appuie son propos par des images «rituelles» comme celle d’un coq égorgé. La fuite, la nuit, la perte, l’amertume, la peur, la déception… L’enfant et la nuit est un condensé de tout cela. Il y a un aller-retour entre «les confidences» de Lamine, qui dit avoir «perdu» sa jeunesse, et l’évolution des deux personnages dans un décor presque effacé. Le jeune homme met le feu à une maison en ruine ! Pour tout reconstruire ?

Considéré comme un film sur ce qui est appelé «la décennie noire» en Algérie, la fiction, qui peut être inaccessible pour le public qui ne connaît pas le contexte historique algérien, peut relever d’un cinéma philosophique qui cherche à placer l’humain avec ses rêves et ses tourments dans un territoire menaçant à la périphérie de la violence. «La mare blanche», évoquée dans le film, suggère cette idée puisque cet endroit, situé dans la steppe, a été attaqué par les terroristes rasant toute forme de vie.

Lamine, qui livre ses pensées à la caméra, est en quête de «libération», d’une autre vie, du soleil… «Le soleil ne reviendra qu’une fois la peur disparue», explique Lamine à l’enfant qui lui pose la question. «C’est une expérience intérieure de quelque chose. Je ne saurais dire quel est le degré de douleur. Il y a de l’émotion. Les lieux montrés dans le film ont été désertés au passage des terroristes. C’est un film qui ne donne peut-être pas de réponses aux questions que l’on peut se poser», a reconnu David Yon. «Il y a eu beaucoup d’improvisation dans l’écriture du scénario. Avant le début du terrorisme, nous avions des ambitions, des rêves. Après cette période, tout s’est arrêté. Nous sommes tombés dans un circuit fermé alors que le temps passait», a expliqué, pour sa part, Lamine Bachar. David Yon est le réalisateur d’un autre film tourné à Djelfa, Les oiseaux d’Arabie sur l’histoire des correspondances entre l’anarchiste Antonio Atarès et la philosophe Simone Weil.

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Mots-clés:

David Yon, L’enfant et la nuit, les oiseaux d’Arabie, Simone Weil

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